Jamais plus une attaque de pitbull

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ÉDITORIAL / Troublant! Ce n'est pas tant qu'il y ait un débat, mais plutôt l'ardeur déployée par certains sympathisants à la cause des pitbulls, qui se campent sans compromis sur leur position, tant sur les tribunes traditionnelles qu'à travers les réseaux sociaux. Le droit d'exister du pitbull a relégué au second plan une tragédie: la mort d'une femme de 55 ans, Christiane Vadnais, dans des circonstances atroces.

Les propos de l'avocate Audrey Amzallag, qui représente le propriétaire de l'animal, laissent perplexe: «Mon client est bouleversé de la situation, ce n'est pas facile pour lui, il a quand même perdu un compagnon aussi», a-t-on rapporté dans le Journal de Montréal. Comment cette notion de «compagnon» peut-elle être appropriée dans le contexte où une innocente a été mordue à mort, sur son propre terrain clôturé? En banalisant ainsi la situation, l'avocate tente-t-elle de justifier la décision de son client, Franklin Junior Frontal, de garder son chien malgré deux attaques sur des humains antérieures aux événements de la semaine dernière?

Comme société, on ne peut tout simplement pas tolérer qu'un animal, quelle que soit sa race, s'en prenne à une personne. Il n'y a là aucune nuance possible. La sécurité des hommes, des femmes et des enfants doit toujours prévaloir.

La plupart des pitbulls ne mordront pas, comme la plupart des chiens d'ailleurs. Or, toute la législation est conçue sur la base d'un principe universel: protéger la majorité des gens d'une minorité d'individus. Le Code de la sécurité routière établit des limites pour une minorité de chauffards ou d'amateurs de vitesse. Le Code criminel fait de même pour une minorité de voleurs, de fraudeurs, d'ivrognes et de meurtriers.

Dans un article publié le 16 mai, la journaliste scientifique Valérie Borde, de L'Actualité, réfère à une étude menée par des chercheurs de Phoenix, en Arizona: « (Ils) ont analysé la gravité des blessures infligées par des chiens à des enfants en étudiant 282 cas traités dans un centre de traumatologie pédiatrique. Les pitbulls avaient à eux seuls causé 29% des morsures, dont 39% des morsures à la tête, au cou et au visage, les plus susceptibles de conséquences graves. Ils ne comptaient pourtant que pour 6% des chiens enregistrés en Arizona.»

Avec émotion, de nombreux défenseurs du pitbull sont intervenus au cours des derniers jours afin de plaider au nom de cette race et de son droit légitime de vivre. Pour expliquer les agressions répertoriées, ces derniers pointent le propriétaire, dans la plupart des cas. Maître manquant, chien manqué? Le débat ne peut se résumer à cet argument, vu la menace manifeste qu'incarne cet animal.

En Ontario, les pitbulls sont interdits sur le territoire depuis 2005. Ceux qui possédaient l'une de ces bêtes ont été contraints de la faire castrer et de ne jamais la promener sans laisse et muselière.

Onze années se sont écoulées depuis l'adoption de la loi ontarienne. Au Québec, le ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, s'apprête à mettre sur pied une table de travail dont le mandat sera de revoir la réglementation entourant les pitbulls. Le comité impliquera le gouvernement ainsi que les deux grandes associations municipales du Québec.

Difficile de prédire ce que donnera cette réflexion une fois à terme, mais une chose est certaine: il est impératif que plus jamais pareil drame ne survienne au Québec. Et pour s'en assurer, le gouvernement doit absolument décréter une loi qui a du mordant. Il n'existe aucune autre issue.

Car, malgré toutes les photos de pitbulls en compagnie de jeunes enfants, toutes les vidéos montrant une bête soumise et docile, toutes les belles histoires qui circulent sur Internet, un fait demeure: Christiane Vadnais ne reviendra jamais.

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