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EDITORIAL / Le Saguenay-Lac-Saint-Jean devra toujours lutter pour conserver ses acquis et assurer son développement.

C'était ainsi à l'époque, ça l'est encore aujourd'hui, et il en sera de même pour l'avenir. Cet état de fait s'applique particulièrement au secteur de l'aluminium, un champ d'activité dans lequel la région a acquis une expertise inégalée au Québec, qui fait l'envie de bien des gens dans la métropole.

Le premier ministre Philippe Couillard a confirmé mardi soir la reconduction du financement du Centre québécois de recherche et de développement de l'aluminium (CQRDA), un organisme qui, malgré deux décennies de succès, est menacé de fermeture année après année. L'annonce a été faite à la bibliothèque de l'Assemblée nationale, lors du lancement du 44e magazine spécialisé AL13. «Le CQRDA est là pour rester», a promis le premier ministre.

Peut-on se satisfaire de cet engagement politique, qui garantit la pérennité du centre? En réalité, les différents acteurs de l'industrie régionale de l'aluminium seraient très mal avisés de crier victoire et encore plus de s'asseoir sur leurs lauriers avec le sentiment du travail accompli. Tout reste à faire.

À moyen terme, certes, il n'y a plus à craindre pour la douzaine d'emplois rattachés au CQRDA. Par contre, au-delà des subventions de Québec, l'organisation doit absolument obtenir un mandat clair et significatif, ce qui lui a été subtilisé dans le cadre de la Stratégie québécoise de développement de l'aluminium 2015-2025, élaborée par le gouvernement Couillard et rendue publique l'an passé à pareille date.

À l'intérieur de la politique nationale, le CQRDA a été confiné au rôle de simple courtier et ne dispose plus du pouvoir d'octroyer des subventions aux entreprises qu'il souhaite soutenir. Sa mission principale se résume dorénavant à recommander des projets au ministère de l'Économie, de la Science et de l'Innovation. On est à des lieux de la vocation originale de cette entité qui était, jusqu'à récemment, l'un des piliers de la Vallée de l'aluminium.

Reconduire le CQRDA est une chose, mais le véritable défi est de lui redonner une place importante au sein de la Stratégie québécoise de développement de l'aluminium, sans quoi toute l'expertise acquise au fil des années risque de s'effriter. Aussi, la suite des choses déterminera-t-elle les intentions réelles du gouvernement en regard de la Vallée de l'aluminium et à son futur.

Sans renier les efforts déployés à Montréal afin de mettre en place une grappe nationale de la transformation, sous le joug de l'organisme AluQuébec, Philippe Couillard a le pouvoir d'exiger, de manière sans équivoque, qu'on reconnaisse le Saguenay-Lac-Saint-Jean tel un pôle majeur de recherche et de développement.

Une région muette

Les forces vives de la région doivent elles aussi se manifester si elles souhaitent assurer le futur du Royaume. Peu d'élus semblent enclins à prendre le bâton du pèlerin. Il en est de même pour les directeurs d'établissements d'éducation, tant au niveau collégial qu'universitaire.

Bref, personne n'ose sonner l'alarme, ce qui est fort troublant alors que la métropole tente, sans grande subtilité et avec encore moins de remords, de s'emparer des structures de développement qui ont été créées ici.

On ne le dira jamais assez: une région sans savoir est une région qui s'éteint.

Cette fois-ci, grâce à une poignée de gens directement impliqués et à l'influence du premier ministre, le CQRDA pourra poursuivre ses activités et même, espérons-le, bonifier son mandat.

Or, s'il s'était agi du Centre de recherche et de développement Arvida (CRDA), propriété de Rio Tinto, les efforts de quelques individus auraient-ils suffi pour convaincre les dirigeants du groupe anglo-australien de maintenir la recherche en région? Aurait-on suffisamment de poids politique pour empêcher la mutation des chercheurs vers un autre complexe de la multinationale, par exemple celui de Saint-Jean-de-Maurienne, en France, où la technologie AP a été développée?

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean a failli perdre le CQRDA dans l'indifférence la plus totale parce que, comme c'est souvent le cas, ses leaders préfèrent agir devant le fait accompli.

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