Inacceptable insubordination

L'ex-ministre des Transports du gouvernement libéral, Robert Poëti.... (Archives La Presse)

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L'ex-ministre des Transports du gouvernement libéral, Robert Poëti.

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ÉDITORIAL / Les révélations de l'ancien ministre Robert Poëti dans le magazine L'Actualité alimentent, à juste raison, l'indignation, le cynisme et la frustration des Québécois à l'égard de l'appareil gouvernemental et de sa fonction publique.

Depuis quand l'État permet-il à ses employés de défier l'autorité et décider s'il y a lieu ou non de répondre aux consignes d'un ministre, lorsque celui-ci souhaite mieux connaître une structure dont il est imputable?

En accordant un mandat de vérification externe à l'agente de renseignements Annie Trudel, l'ex-ministre des Transports espérait des réponses légitimes concernant les dépassements de coûts dans son ministère. Son émissaire s'est cependant buté à un système opaque, réfractaire, sous la gouverne d'une direction qui a carrément refusé de collaborer.

Avant de lancer la serviette, il y a environ un mois, Mme Trudel a néanmoins eu le temps de dresser un portrait peu reluisant de la situation au ministère : ex-fonctionnaires réembauchés comme contractuels de gré à gré, vérificateurs externes qui n'ont pas accès à certains documents, intimidation, manipulation de données pour camoufler des irrégularités, etc.

La sortie publique de Robert Poëti a mené à la démission, cette semaine, de la sous-ministre Dominique Savoie. La fin abrupte de cette carrière, longue de trois décennies, ne doit toutefois pas avoir l'effet d'un couvercle sur la marmite et diluer, du même coup, le climat de suspicion envers le MTQ. Les réponses obtenues jusqu'ici sont trop floues et surtout, les solutions pour endiguer définitivement le problème sont encore inexistantes.

En mars 2013, alors qu'il était titulaire des Transports au sein du gouvernement Marois, le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault, a lui aussi tenté de voir plus clair dans l'immense structure du MTQ. À cette époque, Québec avait demandé à la firme KPMG - Secor d'effectuer une revue indépendante de la gestion contractuelle des dépenses supplémentaires associées à des contrats de construction et de services dans trois organisations : la Société immobilière du Québec, le Centre de services partagés du Québec et le ministère des Transports.

Entre autres conclusions, la firme mentionnait un nombre important de déficiences en matière de planification et de conception des travaux. Elle recommandait en ce sens un ajustement des pratiques contractuelles.

Aussi Sylvain Gaudreault avait-il élaboré un plan d'action qui a mené à des économies de quelque 240 millions de dollars pour les extras.

Dans une entrevue accordée au magazine de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec (Constas) en janvier 2015, l'ex-ministre Robert Poëti affirmait son intention de diriger le MTQ dans un esprit de rigueur et d'intégrité.

« Le gouvernement a fait le choix de la transparence. Quand on accorde un contrat public d'une telle valeur, il est normal que la partie qui a le privilège de s'entendre avec le gouvernement montre patte blanche. C'est ce type de geste qui va redonner confiance aux Québécois envers leurs institutions », disait-il, pour expliquer le resserrement des règles d'attribution de contrats d'infrastructures.

Depuis, l'enthousiasme de Robert Poëti, devenu simple député, s'est considérablement refroidi. Sans doute, ses illusions l'ont-elles été tout autant, car, dans les faits, on a beau être ministre, il peut être extrêmement difficile de changer des choses coulées dans le béton.

L'insubordination à laquelle se sont heurtés Robert Poëti et l'analyste Annie Trudel est inacceptable et donne au ministère des allures d'organisation délinquante. Comme la malversation et les irrégularités, l'omertà n'a tout simplement pas sa place dans un organisme public qui gère des investissements prévus de 4,7 milliards de dollars pour la période de 2016 à 2018.

Vivement un diagnostic précis, et encore plus un remède.

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