La queue et le chien

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ÉDITORIAL / L'industrie québécoise de l'aluminium ne peut plus rivaliser avec celles de la Chine, du Moyen-Orient et de la Russie. On doit se faire à l'idée. Dans ce contexte, la décision de Rio Tinto de dédier sa production nord-américaine à des produits à très haute valeur ajoutée est sans équivoque la meilleure stratégie, la seule qui permet encore de rêver à d'éventuelles phases d'expansion.

Président de l'Association de l'aluminium du Canada, Jean Simard évoquait la semaine dernière, en entrevue éditoriale, certains stratagèmes utilisés par les entreprises chinoises pour écouler leur métal primaire sur les marchés extérieurs en évitant la taxe à l'exportation de 15% et, comme si ce n'était pas suffisant, en obtenant un escompte supplémentaire de 13% mis en place pour encourager la production de produits semi-finis. Ces derniers fabriquent des roues et des poignées de porte bon marché qui, une fois arrivées à destination, sont refondues et vendues sous forme d'aluminium primaire. Cette façon de faire est grossière, certes, mais efficace pour ces entreprises qui produisent sans aucun souci pour l'équilibre entre l'offre et la demande. Elle prouve surtout que, quelles que soient les règles imposées, il faut toujours deux partenaires pour danser le tango. Et il se trouve qu'en ce moment, l'Empire du Milieu n'a pas du tout envie de danser avec l'Occident.

Avec l'objectif de créer une classe moyenne de 300 millions de consommateurs - dix fois plus que celle des États-Unis! - la Chine et ses «cowboys» imposeront de plus en plus leurs façons de faire. L'aluminium n'est qu'un maigre échantillon de ce qui s'annonce pour les prochaines décennies.

Croire que le Canada peut dicter ses nobles principes à ce type d'adversaire serait profondément naïf. La queue réussit rarement à remuer le chien: avec ses trois millions de tonnes d'aluminium, l'industrie canadienne a une influence négligeable par rapport à celle de la Chine, qui en produit maintenant plus de 30 millions. Aussi les Rio Tinto, Alcoa et Aluminerie Alouette sont-elles condamnées à innover et à développer des marchés de niche, en misant notamment sur la valeur non monnayable, à l'heure actuelle, de l'aluminium à faible empreinte de carbone.

Vendredi dernier, alors qu'il s'adressait aux membres de la Chambre de commerce et d'industrie de Lac-Saint-Jean-Est, le chef des opérations de la division Métal primaire de Rio Tinto Aluminium, Étienne Jacques, a réitéré sa volonté de voir l'entreprise croître au Saguenay-Lac-Saint-Jean. On peut difficilement imaginer la direction de Rio Tinto affirmer le contraire alors que celle-ci vient à peine de conclure une nouvelle entente de tarification hydroélectrique avec Québec.

Il demeure toutefois que, dans un contexte extrêmement difficile, dans une industrie instable, voire vulnérable, Rio Tinto continue d'investir dans ses installations à coups de dizaines millions de dollars. Le projet d'expansion de 36,6 millions annoncé à l'usine de Laterrière, la semaine passée, est une démonstration manifeste.

Étienne Jacques a lancé un défi aux gens d'affaires d'Alma et ses environs, vendredi: «Nommez-moi une entreprise qui a encore des projets dans ses cartons, à part Rio Tinto?» Personne n'a répondu. Difficile de renchérir à un investisseur privé qui claque, à quelques dollars près, l'équivalent d'un million par jour dans une région comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Doit-on pour autant endosser sans mot dire les mesures déployées par la compagnie pour maximiser ses profits, notamment en coupant les liens avec les firmes d'ingénierie régionales ou en supprimant des dizaines de postes d'encadrement? Bien sûr que non. Mais, entre une compagnie qui se laisse mourir à petit feu et une autre qui prend tous les moyens pour survivre dans un marché mondial hostile, le choix est facile à faire.

Rio Tinto mise encore sur la région, soutient Étienne Jacques. Ce dernier jure également que son groupe ne souhaite pas prospérer sans une grappe d'entreprises solides pour l'accompagner. Il s'agit là de propos rassurants, en attendant que l'aluminium vert du Québec soit enfin reconnu à sa juste valeur.

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