L'extrême exemple

ÉDITORIAL / Comment faire d'une localité dévitalisée une source d'inspiration?... (Archives Le Quotidien, Louis Potvin)

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Archives Le Quotidien, Louis Potvin

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ÉDITORIAL / Comment faire d'une localité dévitalisée une source d'inspiration? Le maire de Desbiens, Nicolas Martel, semble avoir découvert la recette toute désignée pour sa municipalité.

Desbiens aurait pu mendier, s'apitoyer éternellement sur la fermeture, en 1998, de l'usine Johnson et Johnson, principal moteur économique de la municipalité. Elle aurait pu lancer la serviette maintes fois, après chaque tentative de relance qui a échoué. Elle aurait pu camper le rôle de la victime, dénoncer les fausses promesses de promoteurs venus de loin, s'éteindre après la faillite de l'entreprise de production de sacs biodégradables NaturSac, malgré tout l'appui que celle-ci a obtenu des différents paliers de gouvernements.

Desbiens aurait pu devenir aigrie et se résigner à être un village moribond, dans l'attente d'un miracle.

Or, Desbiens a plutôt choisi de devenir extrême.

Est-ce un choix qui rapporte des dividendes sur le plan économique; qui crée des emplois à court terme? Très peu, s'empresseront de dire les détracteurs du maire Martel.

D'autres, par contre, verront dans ses efforts le témoignage d'un homme qui refuse de voir son milieu s'ankyloser. Directeur adjoint d'une école secondaire d'Alma, le maire a administré une dose de jeunesse à sa localité. Il lui a donné une identité qui colle aux adultes de demain.

Nicolas Martel n'a pas eu à semer la tempête pour gagner l'attention des médias. Il s'est éclaté, simplement, s'abandonnant à son instinct plutôt qu'aux conventions.

L'empreinte du maire

C'est le 15 juin 2010 que la marque de commerce Desbiens extrême a vu le jour, au sous-sol de l'hôtel de ville, lors d'un point de presse aux allures de grand cirque. Un virage à 180 degrés, avait alors promis le maire, le regard caché derrière des verres fumés, flanqué de danseurs et des principaux ambassadeurs récréotouristiques de son patelin.

«On a un des plus beaux milieux du Lac-Saint-Jean et nous voulons le vendre à l'ensemble de la région, à l'ensemble du Québec et à la Terre entière s'il le faut», avait-il déclaré.

Six années se sont écoulées depuis. La dérision a progressivement cédé la place au scepticisme, puis à la curiosité. Et aujourd'hui, Desbiens et extrême sont deux mots indissociables l'un de l'autre.

Le rêve intangible de Nicolas Martel a pris forme et est devenu bien plus grand qu'un simple festival de motocross ou qu'une rocambolesque coupe du monde de pédalo. Partout, même dans les entrailles de l'hôtel de ville où un restaurant - le Zone Extrême Resto Lounge - et une terrasse ont été aménagés, l'empreinte du maire est clairement visible.

Rayonner au-delà de Desbiens

Nicolas Martel a fait le pari d'imposer son dynamisme à une communauté meurtrie alors qu'il venait d'être élu, moins d'un an plus tôt. Pourtant, bien que connu de ses compatriotes, sa crédibilité en tant que premier magistrat était entièrement à bâtir.

Sa stratégie de développement touristique aurait pu être jugée immature, voire irresponsable dans un contexte économique difficile. Les électeurs auraient pu exiger qu'il concentre plutôt ses efforts à convaincre des employeurs potentiels.

Peut-on, en effet, aspirer au plaisir dans une localité dévitalisée? Le maire Martel et son équipe ont démontré que cela est possible.

Leur réussite ne peut être appréciée en nombre d'emplois ou en revenus de taxation, certes, mais elle n'est pas moins manifeste. Celle-ci déborde même de Desbiens alors que, cet été, des cyclistes de partout au Québec rivaliseront dans un contre-la-montre de plus de 200 kilomètres autour du lac Saint-Jean. Grâce à l'une de ses localités les plus durement éprouvées et à son maire atypique, c'est toute la région qui deviendra «extrême» l'espace d'une course de vélos!

N'y a-t-il pas là matière à réflexion?

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