Pas de chèque en blanc

Le Manoir du Saguenay de Rio Tinto Alcan.... (Photo Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais)

Agrandir

Le Manoir du Saguenay de Rio Tinto Alcan.

Photo Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

ÉDITORIAL / Dans sa quête de prospérité, Rio Tinto a-t-elle oublié l'ambition légitime du Saguenay-Lac-Saint-Jean de s'enrichir?

La semaine dernière, la compagnie a unifié l'ensemble de ses usines au sein d'une même entité afin d'abolir des postes de direction. Elle a ensuite rompu les liens avec les firmes d'ingénierie de la région pour leur préférer Adecco, une société suisse spécialisée dans la gestion des ressources humaines.

Rio Tinto ne s'en cache plus: elle prendra tous les moyens nécessaires pour réduire ses coûts de production. Aussi peut-on s'attendre à d'autres mauvaises nouvelles au cours des prochains mois.

Les usines d'électrolyse québécoises doivent rivaliser avec des dizaines d'autres érigées en Chine ou au Moyen-Orient, des pays où les règles environnementales sont inexistantes et où l'on préfère écouler le métal à perte plutôt que de ralentir la production.

Malgré cette concurrence déloyale, le Saguenay-Lac-Saint-Jean a raison de se soulever et d'exiger davantage de considération. L'absence de dialogue et de consultations n'est-elle pas à l'origine du débat sur la gestion du lac Saint-Jean?

Des entreprises locales ont profité de la présence de l'industrie de l'aluminium pour développer une expertise qui est aujourd'hui reconnue mondialement. Les équipementiers tels que STAS et les firmes d'ingénierie comme Cegertec WorleyParsons ont inspiré des talents régionaux, leur permettant de voir au-delà de la réserve faunique des Laurentides et de se lancer en affaires avec l'espoir de réussir, eux aussi.

Ironiquement, le premier ministre Philippe Couillard et la candidate Francyne T. Gobeil faisaient campagne, hier, chez Cycles Devinci, l'une de ces entreprises qui ont rêvé l'aluminium.

Que dit-on maintenant aux jeunes entrepreneurs qui espèrent s'épanouir ici?

La main qui nourrissait la Vallée de l'aluminium est devenue indifférente, et sans un message clair de la part du gouvernement, il est peu probable qu'elle modifie sa façon de faire.

La sortie musclée du député libéral Serge Simard, dans la dernière édition du Progrès-Dimanche, est saisissante et tout à fait justifiée.

On ne peut qu'applaudir le courage dont il a fait preuve, lui qui a maintes fois été décrié, à tort ou à raison, pour ses positions peu tranchantes.

En exigeant des comptes de Rio Tinto, Serge Simard a parlé au nom de ses électeurs, dans l'intérêt supérieur de sa circonscription, en faisant fi des lignes partisanes.

Il a surtout sonné l'alarme, comme doit le faire un leader.

La communauté d'affaires du Saguenay-Lac-Saint-Jean semble d'ailleurs prête à suivre son exemple et à emboîter le pas, comme en témoignent les déclarations de l'ancien président de la Chambre de commerce saguenéenne, Éric Dufour, dans nos pages ce matin.

Le chef des opérations de la division Métal primaire, Étienne Jacques, propose un nouveau pacte à la région depuis des mois, insistant sur la nécessité de travailler ensemble en cette période de turbulences. Lors d'une conférence devant la Chambre de commerce du Saguenay, le 15 mars dernier, il n'a pas tenté d'être rassurant: «Ce qu'on fait est difficile, je le reconnais et j'en suis conscient. Mais connaissez-vous des transformations faciles? Vous aussi, à tous les jours dans vos organisations, vous prenez des décisions difficiles. Et soyons francs, ce n'est pas terminé. Nous avons entrepris une réorganisation de la direction de l'entreprise et elle va se poursuivre en 2016. Nous devons avoir une structure de direction qui correspond à nos effectifs de production. Ça fait partie des gains d'efficacité que nous devons générer.»

On peut adhérer à ces arguments, mais encore faut-il être en mesure de quantifier les gains d'efficacité dont il fait mention.

La région ne peut signer un chèque en blanc. Accepter la main tendue d'Étienne Jacques, c'est aussi se donner le droit de participer à la réflexion et de s'opposer lorsqu'une décision est jugée inacceptable.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer