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ÉDITORIAL / Difficile de se faire à l'idée: la forêt boréale ne suffit plus aux besoins des usines de première transformation encore actives au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Avec la nouvelle réduction de possibilité forestière qui s'annonce, l'industrie régionale du sciage pourrait se résumer à seulement trois usines. Elles sont 21 en ce moment, dont 14 avec garantie d'approvisionnement, et plusieurs d'entre elles sont à la fois l'âme et le coeur de communautés dites vulnérables.

Au cours des cinq prochaines années, rien que pour respecter son plan de protection du caribou forestier et pour rattraper son retard en matière de création d'aires protégées, le gouvernement devra amputer le potentiel de coupe d'au moins un million de mètres cubes dans la région. 

Il s'agit de l'hypothèse la plus optimiste.

Car en surplus, s'il accepte de se conformer à l'ensemble des exigences de la certification Forest Stewardship Council (FSC), Québec devra retrancher un autre million à la possibilité totale d'approvisionnement, qui est de 6,6 millions de mètres cubes présentement. 

L'équation est terrifiante et mérite qu'on la répète, encore et encore, pour bien mesurer les conséquences d'une politique environnementale au goût du jour: 1 million de mètres cubes de possibilité forestière, ce sont 1592 emplois directs et indirects qui disparaissent; pour 2 millions, 3186 travailleurs sont remerciés. 

Quelle que soit l'ampleur de la réduction, les entreprises forestières seront inévitablement confrontées à un choix cruel: quels villages doivent être sacrifiés pour sauver ce qui reste de l'industrie? 

Dans leur rapport intitulé Évaluation de l'impact social et économique de la mise en oeuvre des exigences du Forest Stewardship Council sur le territoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean, le professeur en sciences économiques de l'UQAC Gilles Bergeron, et sa consoeur titulaire de la faculté de foresterie, géographie et géomatique de l'Université Laval, Nancy Gélinas, affirment qu'il faut revoir, aussi vite que possible, la configuration de l'industrie forestière dans la région. 

Certes, le gouvernement et les dirigeants d'entreprises pourraient s'unir, se braquer et résister au courant environnemental en plaidant que l'influence des Greenpeace et autres activistes n'est perceptible que dans le domaine des pâtes et papiers. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, un pourcentage significatif de la population les appuierait sans doute dans ce combat. 

Or, cette position les rattraperait tôt ou tard et, dans un avenir rapproché, ils n'auraient autre choix que de capituler. 

C'est donc maintenant qu'il faut agir pour demain. 

Effort de guerre

L'un des scénarios proposés par les professeurs Bergeron et Gélinas s'appuie sur une approche communautaire et prévoit la concentration de l'industrie du sciage à l'intérieur de trois grandes usines. Lors de la présentation de leur travail, mercredi, ils ont néanmoins insisté sur l'importance de mettre en place un système de compensations pour les communautés les plus durement touchées. L'expression utilisée par l'économiste Bergeron est celle-ci: un dédommagement pour services rendus. 

Il serait plus juste de parler d'un effort de guerre puisque, quelles que soient les sommes qui pourraient être allouées, ces localités devront ni plus ni moins se réinventer après avoir été dépouillées de leur moulin à scie. Le défi est titanesque.

Pour survivre, il leur faudra bien plus qu'une poignée de dollars et quelques bons discours de politiciens. Il leur faudra miser sur une solidarité régionale et gouvernementale à toute épreuve, ce qui loin d'être acquis. L'altruisme s'amenuise souvent lorsqu'il demande qu'on pige dans son portefeuille.

Sans un accompagnement soutenu, ces municipalités qui étaient jadis d'importants rouages de notre économie devront se résigner à devenir des villages fantômes, où les caribous forestiers pourront se reproduire sans crainte d'être dérangés.

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