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ÉDITORIAL / En s'attaquant au rectorat de l'Université du Québec à Chicoutimi... (Archives Le Quotidien)

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ÉDITORIAL / En s'attaquant au rectorat de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), les syndicats de l'établissement tirent non seulement sur le messager, mais fragilisent également une institution dont l'intérêt supérieur dépasse largement les frontières du campus.

Depuis sa fondation en 1969, l'UQAC a incarné un rôle de locomotive pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, battant la cadence du développement par le savoir. Les coupes successives imposées par l'État ont forcé la direction à faire preuve d'imagination pour maintenir la qualité d'enseignement, notamment en se déployant à l'international. Au cours des dix dernières années, l'enseignement à l'étranger a permis à l'UQAC d'engranger des bénéfices de quelque 12 millions$. Cet argent a été réparti selon ces proportions: 10% dans les programmes qui participent à ces formations; 30% dans le fonds de fonctionnement de l'UQAC; et le reste dans les activités dédiées au volet international telles que le recrutement ou la remise de bourses.

La présence de l'UQAC dans trois pays - le Maroc, la Chine et la Colombie - s'ajoute à l'augmentation sans cesse croissante d'une clientèle en provenance d'une cinquantaine de pays, qui choisissent Chicoutimi comme terre d'accueil pour compléter leurs études supérieures.

En revanche, les gouvernements qui se sont succédé à l'Assemblée nationale ont imposé coupes par-dessus coupes aux universités de la province. À l'UQAC, depuis 2012-2013, les compressions exigées par Québec totalisent 12,9 millions de dollars. Il arrive un point où tous les efforts du monde, toutes les bonnes intentions, et même les idées les plus ingénieuses ne suffisent plus à atténuer le manque à gagner.

Dans leur sortie médiatique de mercredi, les présidents syndicaux de l'UQAC ont, entre autres reproches, déploré l'attitude du recteur Martin Gauthier en soutenant que celui-ci ne fait qu'appliquer les compressions sans défendre son université. Croire que le recteur n'a effectué aucune approche auprès de la ministre Hélène David serait faire preuve de grande naïveté. Aurait-il toutefois intérêt à sortir publiquement et dénoncer haut et fort le gouvernement, en déchirant sa chemise aux côtés des instances syndicales de l'UQAC? Serait-ce là une stratégie porteuse pour l'avenir de l'université? Surtout, serait-ce une action assez puissante pour convaincre le ministère de réinvestir dans le savoir plutôt que de presser le citron sans relâche?

La richesse de penser

Bien que nul n'ose le dire aussi ouvertement dans ce débat, la vérité est que, comme toute structure publique ou privée, l'UQAC est appelée à se réinventer à travers les époques, même si cela nécessite des sacrifices dans certains départements.

C'est dans cet esprit qu'un comité composé de 38 personnes issues de la communauté universitaire a été investi d'une mission précise: penser l'université de demain. Le vice-recteur à l'enseignement, à la recherche et à la création, Mustapha Fahmi, supervise cette équipe et c'est pour cette raison, dit-il, qu'il a refusé de participer au comité de pérennisation qui se penche, celui-là, sur les finances de l'UQAC.

L'exercice qui se fait en coulisse sera déterminant et le vice-recteur Fahmi en est conscient: «Une région sans université est une région qui ne pense pas pour elle-même, qui pense avec la tête des autres.»

Le grain de sel du philosophe

On dit qu'en période de crise, tout intervenant trouve le moyen de se faire entendre. Éric Martin est enseignant au département de philosophie du Cégep Edouard-Montpetit, à Longueuil. Jeudi, lors d'une entrevue accordée à Jean-Pierre Girard, de Radio-Canada, il remettait en cause le bien-fondé du volet international de l'UQAC. Selon lui, en refusant d'abandonner ce terreau fertile aux Harvard, Stanford et autres universités, les joyaux de la couronne comme il les désigne, l'UQAC trahit sa vraie nature: un service public au service des gens d'ici.

Peut-être a-t-il raison, en fin de compte. Peut-être le droit de voir grand n'est-il plus à propos au Royaume de la première transformation, en cette ère de centralisation?

Sans blague...

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