Que la pelure et la pulpe

ÉDITORIAL / Jusqu'à quel point pressera-t-on le citron des régions au profit... (Archives Le Quotidien)

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ÉDITORIAL / Jusqu'à quel point pressera-t-on le citron des régions au profit des grands centres?

Le ministère des Transports entend rembourser aux firmes d'ingénierie de la métropole leurs frais de déplacement lorsqu'elles effectuent de la surveillance de chantiers ailleurs au Québec. En termes plus clairs, l'État dit à ces entreprises qu'elles n'ont plus à avoir de bureaux satellites pour être concurrentielles au Saguenay-Lac-Saint-Jean, dans le Bas-Saint-Laurent, sur la Côte-Nord, en Abitibi-Témiscamingue... À quoi bon avoir pignon sur rue aux quatre coins de la province si cela ne procure aucun avantage lors des appels d'offres?

Pour ajouter l'insulte à l'injure, cette politique n'a pas été rédigée de façon à favoriser, selon les mêmes critères, les firmes régionales qui désirent réaliser des contrats à l'extérieur.

Une subvention à sens unique; un scénario articulé autour d'une règle aussi injuste qu'inacceptable: deux poids, deux mesures.

Sur un plateau d'argent

C'est sur un plateau d'argent que le ministère offre l'ensemble de son réseau routier aux firmes de la couronne métropolitaine, en formule tout inclus.

Député de Jonquière à l'Assemblée nationale, Sylvain Gaudreault a parfaitement raison de sonner l'alarme dans ce dossier, lui qui exhorte le premier ministre Philippe Couillard à intervenir pour empêcher l'adoption d'une telle mesure. «Du temps où j'étais ministre des Transports du Québec, cette directive n'existait pas. Si quelqu'un avait voulu l'implanter, vous pouvez être certain que je m'y serais opposé. (...) Nos firmes régionales n'auraient plus d'avantages à faire une soumission dans la région, étant donné que la firme de Montréal, en exemple, verrait ses frais de déplacement remboursés. À ce compte-là, les bureaux d'ingénieurs pourraient (tous) centraliser leurs activités à Montréal», prédit-il.

Bienvenue à Montréal

Le plus désolant dans tout ça est qu'aucune firme d'ingénierie n'est encore montée aux barricades pour dénoncer la situation. S'est-on résigné à cette montréalisation imposée?

Car c'est un fait, en empruntant cette voie, non seulement le gouvernement du Québec désavoue les firmes ancrées en région, il les encourage à plier bagage et à s'installer plus au sud. Après la centralisation de l'appareil public et l'abolition des Conférences régionales des élus, on veut maintenant subventionner l'exode des cerveaux vers les grands centres. Bref, on croirait assister à LaPetite séduction, version montréalaise.

En attendant une éventuelle reprise de l'industrie forestière ou l'annonce d'investissements majeurs dans le secteur de l'aluminium, le Saguenay-Lac-Saint-Jean devra compter sur l'aide de l'État. Quel que soit leur allégeance politique ou le palier gouvernemental dans lequel ils évoluent, les élus locaux ont le devoir d'agir en partenaires et de multiplier les efforts pour que de telles mesures ne voient jamais le jour.

Les signaux négatifs sont de plus en plus fréquents. Il y a quelques mois, par exemple, le MTQ a tenté, à l'insu de tous, de réduire le niveau d'entretien de la route 169 en saison hivernale, notamment sur le tronçon situé dans la Réserve faunique des Laurentides. L'intervention in extremis des leaders jeannois, le préfet André Paradis en tête, a contraint l'appareil politique à intervenir et à faire avorter la décision.

Il est essentiel d'être plus vigilants que jamais sinon, très bientôt, il ne restera du citron que la pelure et la pulpe. À ce moment-là, ceux qui restent auront beau crier, dénoncer, revendiquer, il sera trop tard. La région aura été sacrifiée sur l'autel de la centralisation, ligne directrice de l'actuel gouvernement québécois.

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