Le jeu de Legault!

François Legault... ((Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque))

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François Legault

(Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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ÉDITORIAL / Le marché d'abord, les arrangements avec les gouvernements ensuite. Rio Tinto Alcan (RTA) a été forcée de rappeler, mercredi, les conditions qui lui permettraient d'ajouter à sa capacité de production d'aluminium par suite d'une déclaration du chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault.

De passage dans la région pour inscrire officiellement son parti dans la campagne électorale de la partielle de la circonscription de Chicoutimi, qui aura lieu ce printemps, François Legault a dit tenir d'Étienne Jacques, chef de l'exploitation métal primaire pour l'Amérique du Nord et l'Europe, que RTA investirait si Québec allongeait un bloc d'énergie et des centaines de millions de dollars.

La réponse

RTA a vite rétabli la situation en insistant sur le contexte mondial défavorable à l'investissement. Deux indicateurs sont indéniables: les surplus mondiaux et le prix du métal, qui oscille autour de 1500$ par tonne. Sans les avantages relatifs au prix de l'énergie, il n'y aurait pas beaucoup d'intérêt à produire au Saguenay-Lac-Saint-Jean. C'est dur à entendre, mais c'est le cas.

Donc, RTA a répondu, mercredi: pas question d'investir si la demande ne s'accroît pas, mais il faut demeurer prêt. C'est dans cet esprit qu'Étienne Jacques a dû mentionner au chef de la CAQ qu'un bloc d'énergie supplémentaire et une aide financière sont de nature à soutenir des projets.

La sortie du chef de la CAQ n'a sûrement pas été bien comprise par les marchés alors que les indices dégringolent et que le dépassement des coûts de construction, à l'usine de Kitimat (5 milliards$ au lieu de 3 G$), n'est pas encore digéré.

Il faut lire entre les lignes: M. Legault avait besoin de matière pour attirer l'attention sur sa candidate et, surtout, pour mettre dans l'embarras Philippe Couillard. Une fois la déclaration du fondateur d'Air Transat prononcée, il est difficile de suivre sa trajectoire, lui qui s'insurge contre l'aide de 1,3 milliard à Bombardier et qui a pourfendu RTA, il y a deux semaines, quand Le Quotidien a annoncé, en primeur, une nouvelle vague de coupes au sein de l'entreprise, mesure qui touche entre 150 et 200 cadres.

Le «timing», comme on dit en bon français, s'avère excellent pour M. Legault, parce que les investisseurs cherchent à comprendre le gouvernement du Québec depuis le Sommet de Paris sur les changements climatiques. Coup sur coup, M. Couillard a fermé la porte à l'exploitation du gaz à l'île d'Anticosti, alors que les travaux sont en cours, et a demandé à son ministre de l'Environnement, David Heurtel, d'entamer une démarche juridique pour que TransCanada se conforme à la Loi sur la qualité de l'environnement dans le cadre de son projet Énergie Est. Ici, ce n'est pas la légitimité des décisions de Québec qui sont en cause, mais plutôt ses positions face à des investisseurs potentiels qui sont perplexes sur ses intentions. Le marché cherche d'autant plus à comprendre que l'engagement du Canada, comme beaucoup d'autres pays, à réduire de 37 pour cent ses émissions polluantes, est vu comme un défi de taille.

Questionnables

Il est concevable que M. Legault s'acharne sur les difficultés du gouvernement de Philippe Couillard, surtout qu'il se trouve dans la deuxième opposition officielle. Ses méthodes, toutefois, sont questionnables. Il a choisi une voie différente de celle empruntée par Pierre Karl Péladeau, qui a lui aussi rencontré Étienne Jacques lorsqu'il est venu dans la région en février. Le chef du Parti québécois a confirmé sa rencontre avec la direction Métal primaire de RTA, mais s'est abstenu d'en révéler le contenu.

La position de M. Legault a créé de faux espoirs dans une région affamée, qui attend de bonnes nouvelles pour retrouver confiance en l'économie. S'il était si simple pour RTA d'investir dans la région, pourquoi la compagnie Alouette, sur la Côte-Nord, n'a-t-elle pas encore enclenché son projet d'expansion, annoncé il y a plus d'un an? La pelletée de terre inaugurale se fait toujours attendre, malgré l'aide du gouvernement et l'accès à un nouveau bloc d'énergie.

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