Au nom de la justice

ÉDITORIAL / Des avocats de la défense affirment que les procureurs aux... (Photo 123RF)

Agrandir

Photo 123RF

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

ÉDITORIAL / Des avocats de la défense affirment que les procureurs aux poursuites criminelles et pénales du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont, dans plusieurs cas, trop jeunes et inexpérimentés, donc incapables de prendre des initiatives dans l'exercice de leurs fonctions. Ils renchérissent en soulignant que le problème est généralisé sur l'ensemble du territoire québécois: des représentants de la Couronne qui ne s'égarent pas des consignes, qui suivent les directives «by the book», bref, des procureurs qui, dans le doute, préfèrent s'abstenir et s'en remettre au tribunal, au risque de provoquer des délais.

Juristes bien en vue dans la région, Me Jean-Marc Fradette, Me Dominic Bouchard et Me Luc Tourangeau ont levé le voile sur les tensions qui existent dans le district judiciaire de Chicoutimi, dans le cadre d'entrevues accordées au journaliste Stéphane Bégin. Dans une série d'articles publiés lundi, ce dernier rapporte ainsi les propos de Me Fradette: «Les relations ne sont pas bonnes. Il y a trop de jeunes procureurs sans expérience et qui disent devoir suivre les directives imposées. Ça leur enlève tout jugement ou gros bon sens. On pourrait négocier des dossiers, mais plusieurs disent ne pas pouvoir, car ils ont des directives à suivre».

En bon français, certains représentants du ministère seraient peu enclins aux compromis selon l'avocat.

Et après? Depuis quand la Couronne a-t-elle comme mandat de négocier et de s'entendre avec les accusés, dans le dessein d'alléger le système judiciaire?

La problématique des délais dans les palais de justice du Québec est documentée et bien réelle. Récemment, la porte-parole du Parti québécois en matière de justice, Véronique Hivon, réclamait au gouvernement un plan d'action visant à accélérer le traitement des dossiers. La députée de Joliette soulignait que «dans les cinq dernières années, il y a eu près de 200 demandes d'arrêts de procédures, uniquement pour des questions de délais indus, soit une augmentation de 50 pour cent par rapport à la période précédente», rapportait la Presse Canadienne. Entre autres solutions, la péquiste recommande l'embauche de greffiers supplémentaires.

En dénonçant la situation, l'opposition péquiste remplit son mandat principal, qui est de veiller aux grains, et nul ne peut lui en tenir rigueur.

Par contre, lorsque des avocats de la défense accusent leurs vis-à-vis de la Couronne d'être responsables, en partie, de l'engorgement du système, la bouchée est bien plus difficile à avaler.

Et même si c'est le cas, même si les procureurs aux poursuites criminelles et pénales avaient choisi d'adopter la ligne dure et que leur décision engendrait en effet des délais, doit-on, comme société, exiger plus de souplesse à ceux dont la mission première est de faire respecter la loi?

Comme Me Fradette, l'avocat Dominic Bouchard décrit ses collègues de la poursuite tels de «jeunes avocats sans grande expérience qui n'osent pas se prononcer». Idem pour Me Luc Tourangeau, qui va jusqu'à remettre en cause la bonne foi des nouveaux représentants du ministère. «Dans le passé, les procureurs de la Couronne avaient la volonté et la latitude pour tenter de régler des dossiers», plaide-t-il.

Il faut du courage pour demeurer fidèle à ses convictions et ne pas fléchir sous la pression qu'imposent, parfois, les avocats de la défense. Ces derniers jouissent d'une visibilité médiatique hors du commun et d'une liberté de parole pratiquement illimitée. Ils gagnent à dénoncer avec fougue, à multiplier les effets de toge, à être éloquents, alors qu'à l'opposé, les avocats de la Couronne doivent peser chacun de leurs mots.

Une fois la farce jouée, toutefois, une seule et unique priorité demeure: que justice soit faite, quel qu'en soit le prix.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer