Développement à tous crins

Le président de la commission d'urbanisme et d'aménagement... (Photo Le Progrès-Dimanche, Mariane L. St-Gelais)

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Le président de la commission d'urbanisme et d'aménagement du territoire de Jonquière, Carl Dufour, croit que le saupoudrage commercial doit cesser.

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Le conseiller municipal de Jonquière, Carl Dufour, tient un discours qui tranche avec tout ce qui s'est majoritairement fait au Saguenay depuis 40 ans en matière de zonage, d'urbanisme et d'architecture ainsi que de développement commercial et résidentiel. Voilà qu'un élu parle d'harmonie et d'intérêt des citoyens en dressant un constat plutôt sombre de la configuration des milieux de vie des Saguenéens.

Dans la dernière édition du Progrès-Dimanche, Carl Dufour, président de la Commission d'urbanisme de Jonquière, a pris son courage à deux mains et a mis son pied à terre pour inviter ses collègues élus à un temps de réflexion sur l'avenir de Jonquière. Très clairement et avec une grande lucidité, le conseiller avoue l'échec du développement commercial à Jonquière et en impute la raison à deux attitudes, principalement: la volonté de se comparer et d'imiter l'ancienne ville voisine, Chicoutimi, et la grande facilité avec laquelle le zonage peut être modifié.

Carl Dufour, à travers l'article de la journaliste Mélyssa Gagnon, frappe l'imaginaire par des formules-chocs pour étayer sa position. «Jonquière a longtemps tenté de copier Chicoutimi... Force est de constater que ça a échoué... On attend le Big Bang... C'est bien beau vouloir attirer un Simons, mais on n'est même pas capable d'en emmener un à Chicoutimi...»

Le conseiller est évidemment tourné vers l'avenir et parle d'un «temps révolu» et la fin de l'éparpillement commercial. Dans sa grande diplomatie, il ménage les causes pour ne pas froisser les susceptibilités. Après tout, quelques-uns de ses collègues, à la table du conseil de l'arrondissement, devront s'inscrire dans le changement de culture qu'il souhaite, ce qui sera nouveau pour eux.

Jonquière, une ville qui a toujours eu des finances saines en raison de la présence de la grande industrie, aurait eu, pourtant, les moyens de se doter d'un plan de développement harmonieux en y mettant au centre la qualité de vie des citoyens. Comme la majorité des autres villes de l'Amérique du Nord, elle a cédé au chant des sirènes avec le résultat actuel: trois centres-villes qui se cherchent, trois centres commerciaux qui prendraient de nouveaux locataires et plusieurs îlots commerciaux disséminés sur le territoire dont les plus récents au coin des boulevards Harvey et Saint-Hubert et sur Saint-Hubert, près de la rue des Mouettes.

En dépit de la multiplication des commerces et des entourloupettes de dézonage, Carl Dufour illustre bien la situation incongrue qui a été créée: les Jonquiérois ne peuvent pas acheter de CD sur leur territoire! Et là, qu'on vienne dire que le développement a été orchestré pour le bien de la population.

La réflexion lancée par Carl Dufour sied aussi à Chicoutimi qui ne fait pas exception en matière d'horreur et d'erreur. Comment peut-on autoriser un supermarché (sur Talbot) à présenter aux milliers de passants journaliers un côté en brique au lieu de la façade sans zone tampon comme un stationnement?

D'ailleurs le maire, Jean Tremblay, a beaucoup parlé de réaménagement au cours des dernières semaines, notamment du boulevard Talbot et du centre-ville de Chicoutimi. Lui aussi se demande comment dynamiser le coeur de Chicoutimi tout en subissant des pressions pour que le règlement forçant certains groupes de professionnels à s'établir au centre-ville soit adouci. Advenant que oui, il faut prévoir un exode vers le haut de ville.

L'appel du conseiller Dufour est aussi une invitation à prendre conscience de l'importance de toutes leurs décisions prises par les élus qui ont un impact sur leur ville pour le reste de l'histoire. À ce chapitre, le jugement risque d'être sévère pour certains quand le temps de l'harmonie reviendra à la mode. Il y a quand même des villes, partout dans le monde, qui encadrent sévèrement l'implantation des grandes surfaces quand elles ne les refusent tout simplement pas. Il faut bien réaliser qu'il est difficile de résister aux grandes tendances, mais faut-il pour autant sauter dans une certaine «modernité» au détriment de l'aménagement des milieux de vie!

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