La racine du mal

Thierry Leroux, originaire d'Alma, n'était à l'emploi du... (Tirée de Facebook)

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Thierry Leroux, originaire d'Alma, n'était à l'emploi du service de police de Lac Simon que depuis six mois.

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ÉDITORIAL / Dans la nuit de samedi à dimanche, sur le territoire de la communauté amérindienne de Lac-Simon, un être humain, mais également un fragment de notre société de droit a rendu l'âme, frappée d'une balle dans le dos, sans raison précise, sans grief, sans aucune explication rationnelle.

La mort de Thierry Leroux ramène à l'avant-plan l'ampleur des problèmes sociaux qui gangrènent les communautés autochtones et dont nul ne semble connaître le remède. Diplômé du Cégep d'Alma, Thierry Leroux avait 26 ans. Il ne devait intervenir que pour mettre fin à une altercation entre deux individus. Cette nuit-là, son destin a rencontré celui d'Anthony Raymond Papatie, un Algonquin de 22 ans qui, après avoir abattu l'agent Leroux, a rédigé un message impénitent sur Facebook, a retourné son arme contre lui, puis a mis fin à ses jours. « DSL tout le monde menvo asteur jai tuer un police » sera son ultime plaidoirie.

Cas isolé? Non!

Chaque jour, des centaines de policiers au pays interviennent dans des circonstances similaires. Selon Statistique Canada, moins d'une vingtaine d'agents de police ont été tués dans l'exercice de leurs fonctions alors qu'ils étaient déployés pour une querelle de ménage, entre 1961 et 2009. Cela correspond à 14 % des 133 homicides répertoriés sur des policiers au cours de la même période. L'étude précise que la plupart de ces meurtres se sont produits dans les décennies 60 et 70.

Selon la loi des probabilités, les chances qu'un tel drame se produise étaient infimes, voire pratiquement nulles. Ce dénouement tragique doit-il pour autant être inscrit dans la colonne des événements isolés, qui ne risquent plus de se produire? Absolument pas!

Car, en réalité, les chances qu'un policier soit abattu en service, sur une réserve autochtone, sont aujourd'hui plus grandes que jamais. On n'a qu'à relire les propos de la ministre fédérale Carolyn Bennett, titulaire des Affaires autochtones, pour constater l'urgence d'agir.

Invitée à commenter les allégations d'agressions sexuelles et d'abus de pouvoir contre des policiers de Val-d'Or, en janvier dernier, la ministre Bennett a exprimé : « Nous percevons le cas de Val-d'Or comme le symptôme d'un problème beaucoup plus grave. Nous voulons aller à la racine de ce problème beaucoup plus grave. » La racine du mal, plus précisément le racisme à l'endroit des Amérindiens, s'étend d'un océan à l'autre, a-t-elle enchaîné.

Tel qu'il l'a promis en campagne électorale, le premier ministre Justin Trudeau a rompu avec la position obstinée du gouvernement précédent en décrétant, enfin, la tenue d'une commission d'enquête nationale sur les femmes autochtones disparues ou assassinées. On estime leur nombre à 4000.

Avec le décès d'un policier et les incidents troublants qui se sont succédé dans l'actualité, l'exercice est plus pertinent que jamais et il y a fort à parier qu'il débordera de son cadre initial.

En refusant de demeurer insensible à la problématique des Premières Nations, Ottawa rétablit son image de bon père de famille et, du même coup, redore celle de toux ceux qui ont juré de protéger et servir, pour le bien de tous, sans égard aux origines. Il reste à espérer que les conclusions de l'enquête publique, aussi douloureuses soient-elles, permettront de crever l'abcès, de punir les fautifs et d'édifier de nouvelles bases pour le futur. Car en ce moment, plutôt que d'inspirer la sécurité et le respect, l'uniforme du policier est perçu, par plusieurs autochtones, tel le blason de l'ennemi.

Dans une certaine mesure, Thierry Leroux est l'innocente victime d'une situation qu'on a laissée se détériorer. Quinze frères d'armes lui survivent dans la communauté de Lac-Simon; des milliers d'autres dans les réserves du pays, des Maritimes jusqu'en Colombie-Britannique. Des cohortes entières de futurs policiers suivront ses pas.

Pour toutes ces personnes, il serait regrettable que sa mort ne devienne qu'une statistique.

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