Un consensus aux poubelles

Le dernier tronçon de l'autoroute 70, qui devait... (Archives Le Quotidien, Gimmy Desbiens)

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Le dernier tronçon de l'autoroute 70, qui devait joindre Alma et La Baie, ne verra finalement pas le jour.

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ÉDITORIAL / Au moins, comme il n'existe plus, le dossier de l'autoroute Alma - La Baie ne risque pas d'étouffer sous la poussière, quelque part dans une morgue du ministère des Transports.

La région avait pourtant adopté, à l'unanimité, un tracé final, même si celui-ci réduisait Alma, la capitale jeannoise, à une simple voie d'accès.

C'était en 2008. Le maire de l'époque, Gérald Scullion, avait alors renié la position historique de sa Ville en appuyant un tracé orienté vers Roberval. Ce repli a valu au maire Scullion une vague de protestations dans son milieu. On l'a accusé d'être incapable de se tenir debout devant les agriculteurs et les municipalités du Haut-du-Lac, particulièrement celle de l'influente Roberval. Dans l'adversité, Gérald Scullion a toujours maintenu le même discours pour justifier sa décision: «Pendant toutes ces années où nous nous sommes opposés, nous avons retardé le projet».

Endosser, en toute conscience, le plus illogique des tracés proposés était le prix à payer pour qu'enfin, le Saguenay et le Lac-Saint-Jean soient unis par une route à quatre voies divisées. L'objectif avancé par Gérald Scullion était 2024.

A-t-il été dupe de croire que le consensus inciterait l'appareil gouvernemental à délier les cordons de la bourse et à verser les 80 millions de dollars nécessaires à la construction du dernier tronçon de l'autoroute 70? Si tel est le cas, l'ex-maire Scullion n'est pas le seul à devoir être taxé de naïveté.

À cette époque, l'actuel député libéral de Dubuc, Serge Simard, siégeait comme président de la Conférence régionale des élus. Comme Gérald Scullion, ce dernier a cru que les choses avanceraient plus vite. «Maintenant, nous pourrons enfin lier les deux jumeaux, le Saguenay et le Lac-Saint-Jean, par un seul cordon ombilical», avait-il déclaré en saluant l'ouverture d'Alma, dans ce débat qui durait depuis trois décennies.

Cet élan de solidarité s'est visiblement effrité depuis qu'il a accédé à l'Assemblée nationale. Aujourd'hui, Serge Simard ne parle plus de lier les deux jumeaux. Il se limite à prier pour obtenir le financement nécessaire pour compléter le tronçon entre Chicoutimi et La Baie, au coeur de sa circonscription. Une cible beaucoup plus modeste et nettement moins régionaliste que celle qui a animé, autrefois, Gérald Scullion.

Il va sans dire que sans une intervention du politique et un jeu de coulisse soutenu, des générations se succéderont avant qu'un premier coup de pelle soit effectué dans le secteur de Saint-Bruno.

L'enjeu est pourtant capital.

Avant longtemps, la route 169 dans la réserve faunique des Laurentides sera considérée telle une route secondaire en raison du nombre de moins en moins élevé de véhicules qui l'empruntent de façon journalière.

En décembre, sans prévenir, le ministère des Transports a tenté de réduire le niveau d'entretien du «petit Parc». Grâce à leur vigilance et leur rapidité d'action, les élus locaux ont forcé la main aux autorités gouvernementales, qui ont sommé le ministère de reculer.

Cette tentative ne sera toutefois pas la dernière et inévitablement, le déneigement et l'entretien de la 169 seront revus à la baisse sans que quiconque n'y puisse quoi que ce soit.

Ce jour-là, tout le Lac-Saint-Jean, d'Alma à Albanel, de Métabetchouan-Lac-à-la-Croix à Péribonka, ne sera plus accessible que par des routes régionales, souvent périlleuses en saison hivernale.

Dans l'opposition, le député péquiste de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier, dénonce la situation et blâme le gouvernement pour avoir abandonné le projet routier. Le maire d'Alma, Marc Asselin, a lui aussi interpellé Québec en insistant sur l'importance, pour les entreprises qui oeuvrent au Lac-Saint-Jean, de compter sur un réseau routier moderne et sécuritaire. Même son de cloche à Roberval, où Guy Larouche n'a pas tardé à manifester son indignation.

Cependant, aucun n'a encore posé la vraie question: combien de temps encore la région devra-t-elle se contenter de miettes pour compenser la réalisation de l'autoroute 70?

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