L'intérêt supérieur de la région

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ÉDITORIAL / Le 22 janvier, deux clans qui s'affrontent depuis près de trois ans devront partager un même espace et une mission commune, sans égard à leurs griefs respectifs.

La Cour supérieure a tranché: concessionnaires et employés de garages doivent ranger les armes. Le dénouement du conflit qui les déchire depuis bientôt trois ans repose dorénavant entre les mains d'un arbitre, conformément à ce que prévoit la loi 71. Celle-ci, rappelons-le, a été adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale en novembre dernier et constitue un cas rarissime où le gouvernement s'immisce dans un conflit de nature privée.

La réaction de la Corporation des concessionnaires automobiles du Saguenay-Lac-Saint-Jean a été aussi instantanée que prévisible lorsque le ministre du Travail, Sam Hamad, a mis ses menaces à exécution. L'employeur a porté la cause devant le tribunal, plaidant notamment que cette loi brime les droits fondamentaux des entrepreneurs du Québec. Mercredi, le juge Daniel Dumais a toutefois rejeté la requête, balayant du revers de la main les arguments de la partie patronale et ordonnant que la loi s'applique tel que prescrit par Québec.

Le début de 2016 sera donc marqué par le retour au travail de quelque 450 mécaniciens et autres employés de garages, dans 25 établissements répartis aux quatre coins de la région.

Bien que ce renouement soit forcé, les acteurs, de part et d'autre, devront ronger leur frein et apprendre à cohabiter sur une véritable poudrière.

Si les protagonistes savent s'élever au-dessus de leurs différends, ce sera toute la région qui en sortira gagnante.

Comme le lock-out décrété par Rio Tinto Alcan en 2012, à l'Usine Alma, celui des concessionnaires automobiles a projeté une image négative du Saguenay-Lac-Saint-Jean à l'échelle du pays. Ce face-à-face interminable a nourri la perception selon laquelle la région est un champ de bataille tout désigné pour les grandes guerres syndicales.

La saga de la succursale Walmart de Jonquière, en 2005, est un autre exemple éloquent, où l'on a tenté, en vain, de réinventer un modèle existant. Un an après que l'établissement soit devenu le premier en Amérique du Nord à être entièrement syndiqué, la compagnie américaine a annoncé la fermeture définitive du magasin. Le séisme a été ressenti partout sur le continent et son dénouement s'exprime aujourd'hui en une triste image: celle d'un bâtiment gris, gigantesque et affreusement vide. Un spécimen unique au Québec.

Pendant que la Centrale des syndicats démocratiques (CSD) et la Corporation des concessionnaires automobiles se mesuraient le long des principales artères commerciales de la région, des conventions collectives ont été renouvelées un peu partout dans la province, notamment dans les grandes agglomérations urbaines de Montréal et de Québec.

Jusqu'où la défense de certains acquis ou la volonté de modifier des conditions de travail peuvent-elles justifier un si long conflit, ici et non ailleurs?

Il y a lieu de s'interroger, de se demander collectivement si le Royaume mérite d'être, de façon répétée, le dindon de la farce.

Dans un peu plus de trois semaines, les barricades, abris de fortune et autres pancartes de menaces fabriquées par les employés en lock-out disparaîtront pour céder la place à un décor plus acceptable socialement. Peut-être ce nouvel environnement sera-t-il plus propice au dialogue.

Sinon, il sera au moins plus invitant pour les clients qui, par conviction ou par crainte de représailles, ont repoussé l'achat d'un véhicule.

Entretemps, les intervenants qui auront à définir un nouveau pacte de travail devront le faire en toute bonne foi, dans l'intérêt supérieur de toute une région.

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