Avant qu'il soit trop tard

ÉDITORIAL / Il était grand temps qu'une étude soit commandée afin d'identifier... (Archives Le Quotidien, Michel Tremblay)

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ÉDITORIAL / Il était grand temps qu'une étude soit commandée afin d'identifier de nouveaux créneaux pour l'usine Kénogami de Produits forestiers Résolu (PFR), qui a interrompu les activités de sa machine numéro 6  en décembre 2011.

Quatre ans plus tard, donc, c'est en commanditant une étude de 200 000 $ que Québec tente de donner un second souffle aux installations jonquiéroises. À un moment où l'industrie du papier peine à se réinventer, le message que lancent Québec et le ministre Laurent Lessard ne peut être accueilli qu'avec optimisme.

Une fois complétée, cette étude devra toutefois faire l'objet d'un suivi rigoureux et être supportée par une volonté réelle de Résolu de relancer ses opérations au Québec. Sans l'une ou l'autre de ces deux conditions, la démarche est vouée à l'échec.

Lors d'une entrevue accordée au journaliste Julien Renaud et publiée lundi, le président du syndicat local, Régis Duchesne, a décrit avec justesse la situation actuelle : « L'industrie n'est pas en crise, mais plutôt en évolution, et qu'il est crucial de prendre le virage de l'innovation et de la diversification. »

Ce constat, manifesté également par le député de Jonquière Sylvain Gaudreault, s'applique aussi bien au secteur des pâtes et papiers qu'à l'ensemble de l'industrie forestière. Il est essentiel de cibler aujourd'hui les marchés de demain.

Le papier et le bois d'oeuvre ne disparaîtront pas complètement, mais ces productions ne suffisent plus à soutenir toute l'activité économique associée à la forêt. Il faut de nouvelles niches, de nouveaux procédés, en gardant bien en tête que la région éloignée des marchés de masse.

L'une des pistes analysées en ce moment est la production, dans la région, de charbon activé, un produit fabriqué à partir de matières végétales, dont le bois. Promis à une demande sans cesse croissante selon différentes études, le charbon activé est associé à de multiples usages : filtration industrielle, traitement de l'eau, traitement de la nourriture, etc.

Avec son parterre forestier de plus de 9 millions de mètres cubes, en incluant les forêts publiques et privées, le Saguenay-Lac-Saint-Jean serait une terre d'accueil propice pour une usine de transformation de charbon activé.

À l'échelle internationale, il faut également redorer l'image de l'exploitation forestière canadienne, qui a été durement éprouvée par certains groupes environnementaux. L'acharnement de Greenpeace n'est pas sans rappeler les grandes campagnes de dénonciation contre la chasse aux phoques, dans les années 1970 et 1980. En aspergeant de peinture les peaux de phoques et en utilisant l'image des comédiennes Brigitte Bardot et Yvette Mimieux, entre autres coups d'éclat, les activistes avaient réussi à faire interdire l'importation de peaux de blanchons par le Parlement européen.

Le 17 décembre, FSC International a démontré une ouverture en proposant un processus de médiation à l'industrie forestière canadienne. Au cours des dernières années, le retrait de la certification FSC a perturbé les opérations de plusieurs sociétés exploitant la forêt boréale. Québec et Ottawa devront nécessairement s'impliquer dans le processus, car ce sont eux qui ont à négocier avec les peuples autochtones concernant le partage de territoire. Conformément aux indicateurs de la certification FSC, le consentement des Premières nations est une condition sine qua non à l'exploitation de la forêt. Sans la bénédiction des Premières nations, impossible d'avoir un certificat FSC.

Le chantier qu'aborde le ministre Laurent Lessard est vaste et immensément plus complexe qu'une étude de 200 000 $ destinée à la relance d'une usine.

Les autochtones et la norme FSC, le prix de la fibre au Québec, les marchés de demain, l'état de la forêt, les chemins forestiers et les multiples impératifs environnementaux ne sont que quelques-uns des enjeux qui doivent être attaqués de front. Il ne faut plus attendre quatre ans avant de lancer une étude comme celle de l'usine Kénogami, au risque de devoir se résigner à ce triste constat : trop peu, trop tard.

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