Des miroirs contre de la fourrure

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Maquette du projet d'usine de FerroAtlantica à Port-Cartier, sur la Côte-Nord

Photothèque Le Soleil

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ÉDITORIAL / FerroAtlántica a officiellement abandonné son projet d'implantation, à Port-Cartier, d'une usine de production de silicium métal qui aurait procuré de l'emploi à 345 personnes. La compagnie lance la serviette en plaidant l'évolution accélérée du marché chinois, qui a profondément modifié le portrait de l'industrie. Pour le Québec, et particulièrement pour les gens de la Côte-Nord, ce constat d'échec ne se traduit pas uniquement par la perte d'un investissement de 400 millions de dollars, il révèle également une inquiétante réalité: le Québec n'est tout simplement plus dans la course.

FerroAtlántica se présente comme le numéro un mondial dans la production de silicium métal, d'alliages de manganèse et de ferrosilicium. L'intérêt qu'elle a démontré pour le Québec en janvier 2014, en marge du Forum économique mondial de Davos, a donné naissance à une vive, mais saine compétition entre les villes de Port-Cartier, Baie-Comeau, Shawinigan et Saguenay. À l'époque le président et chef de la direction du Groupe FerroAtlántica, Pedro Larrea, avait déclaré: «Après plusieurs rencontres et visites de prospection, nous en sommes venus à la conclusion que le Québec disposait des différentes caractéristiques que nous avions identifiées pour la réalisation d'une usine compétitive dans notre domaine.» Comment la situation a-t-elle pu se détériorer à ce point qu'aujourd'hui, à peine deux ans plus tard, la compagnie doive retirer l'ensemble de ses billes?

Il est difficilement explicable qu'entre l'annonce de Davos et celle de mercredi, le géant du silicium n'ait eu le temps d'ériger ne serait-ce qu'un entrepôt à Port-Cartier. Parmi les acteurs socioéconomiques du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui ont suivi de près cette histoire, plusieurs estiment que l'appareil gouvernemental québécois est devenu trop lourd. Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, fait partie de ces observateurs qui critiquent le système québécois. Dans une vidéo diffusée par la Ville, il affirme: «C'est décourageant de lancer une entreprise. Ça finit plus de finir. (...) Il faudrait apprendre à accélérer. Il faudrait changer les règles.»

Tout est là.

Il est sans doute possible de faire plus vite tout en respectant les normes élémentaires, notamment en matière d'environnement et de sécurité. Une politique ou une stratégie peut certainement être élaborée en fonction de ceux qui souhaitent s'établir dans la Belle province.

À l'intérieur d'une arène où l'adversaire est contraint à des règles plus souples, voire inexistantes, les histoires comme celle qui vient de se terminer, à Port-Cartier, se multiplieront. Aussi le statu quo est-il impensable.

C'est le modèle tout entier qui doit être revu et optimisé en fonction de permettre à une entreprise de franchir les étapes plus facilement, quand celle-ci a démontré le sérieux de sa démarche. Une fois une usine inaugurée, il est beaucoup plus difficile de rebrousser chemin.

Faute de se réinventer, le Québec pourrait être réduit à un argument de négociations pour les multinationales qui souhaitent obtenir, par exemple, de meilleurs tarifs énergétiques ou des droits d'exploitation des ressources naturelles ailleurs sur la planète.

FerroAtlántica s'est-elle jouée du Québec pour consolider ses opérations en sol européen? C'est peu probable. Mais son retrait, bien qu'il laisse un goût amer, doit servir de leçon.

Il ne faudrait pas attendre que le Québec en soit rendu à troquer des fourrures contre quelques bouts de miroirs, comme au 17e siècle, pour rivaliser avec la planète et attirer les capitaux étrangers.

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