Des voeux à renouveler

L'Usine Alma de Rio Tinto Alcan... (Archives Le Quotidien)

Agrandir

L'Usine Alma de Rio Tinto Alcan

Archives Le Quotidien

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

ÉDITORIAL / La relation qui existe entre Rio Tinto Alcan et le Saguenay-Lac-Saint-Jean est résolument sur le fil du rasoir.

En avril dernier, en prévision du Sommet économique régional, le chef des opérations de la division Métal primaire pour l'Amérique du Nord, Étienne Jacques, a tendu la main aux différents intervenants régionaux afin d'affronter, dans un effort concerté, un marché infiniment plus hostile qu'autrefois. De mémoire récente, jamais la compagnie n'a tenté de renouveler ses voeux avec autant d'ardeur et d'humilité.

Dans sa grande demande, Étienne Jacques insistait sur l'avenir incertain de la raffinerie d'alumine Vaudreuil, dont le site d'entreposage des résidus de bauxite devrait atteindre sa pleine capacité en 2020. Il évoquait également l'éventuelle reconduction des droits de gestion du lac Saint-Jean et les différentes conventions collectives à conclure avec les travailleurs.

Son plaidoyer a eu l'effet d'un sermon dans le désert.

Huit mois plus tard, on appréhende le déclenchement d'un nouveau conflit à l'Usine Alma, de même qu'aux installations d'Énergie Électrique. Dans la capitale jeannoise, élus et commerçants estiment qu'un second arrêt de travail en moins de cinq ans est une possibilité aussi inquiétante que plausible.

En plus de devoir composer avec un contexte mondial difficile, les responsables locaux doivent se rapporter constamment à leurs supérieurs à Londres qui, bien que conscients des avantages qu'offre le Québec en matière d'hydroélectricité, n'ont aucune obligation morale à l'égard de ce qu'on appelait jadis le berceau de l'aluminium.

L'industrie vit une crise dont nul ne peut prédire l'issue. L'aluminium fabriqué à partir d'énergie renouvelable deviendra-t-il une tendance chez les manufacturiers? Les créneaux de l'automobile et des infrastructures routières seront-ils aussi fertiles qu'on l'espère? Surtout, à quoi ressemblera l'échiquier mondial au cours de la prochaine décennie?

L'incertitude impose dorénavant une très grande prudence. Plutôt que d'annoncer des projets d'expansion, les compagnies appuient sur les freins pour diminuer l'offre de métal primaire.

Au début du mois de novembre, Alcoa a annoncé la mise à pied de près de 900 travailleurs dans ses usines de Wenatchee et de Ferndale, au Washington.

Au même moment, Century Aluminum, cette même compagnie qui souhaitait s'implanter à Dolbeau-Mistassini, a réduit du tiers les opérations à son usine de Sebree au Kentucky. L'interruption d'une ligne complète de cuves, prévue le 31 décembre, amputera de quelque 70 000 tonnes de métal la production annuelle de l'aluminerie. Un peu plus de 500 employés seront touchés par cette décision.

Dans l'un et l'autre de ces deux cas, les mêmes raisons sont énumérées: le prix excessivement bas de l'aluminium, les inventaires, les méthodes commerciales chinoises.

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean de même qu'à Kitimat, en Colombie-Britanique, Rio Tinto Alcan a été en mesure de freiner l'hémorragie grâce aux droits hydrauliques qui lui sont alloués. À preuve: sur une période de dix ans, l'entreprise a investi 7,1 milliards$ pour consolider et améliorer ses actifs canadiens.

Les avantages dont elle dispose ont cependant des limites, dans la mesure où les clients tardent à exiger du métal vert et continuent d'intégrer dans leur production, sans remord, de l'aluminium fait à partir de charbon ou d'hydrocarbures.

Aussi, affirmer que Rio Tinto Alcan sera toujours redevable, quoiqu'il arrive, serait s'enfouir la tête dans le sable.

Cette compagnie a décrété un lock-out à la veille du Jour de l'an 2013 et n'hésitera pas à faire de même si la situation le nécessite. Elle est animée par les profits, comme toutes ses rivales. Les règles du jeu sont ainsi édictées et on ne peut rien y faire.

Ce qui est désolant par contre, c'est de constater que, trois ans après le conflit de 2013, les parties impliquées sont toujours au même point, à tenter de définir les termes d'un nouveau pacte social.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer