Pas simple de légaliser les drogues douces

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ÉDITORIAL / La drogue a fait deux victimes dans la région cette semaine. Deux hommes dans la trentaine, des amis selon toutes apparences, morts dans un même appartement à moins de 48 heures d'intervalle. Ils auraient consommé une substance de mauvaise qualité, acquise sur le marché de la rue.

Cette double tragédie survient au moment où, à Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau s'engage à mettre un terme à la prohibition du cannabis et de ses dérivés.

La présence de commerces dédiés aux consommateurs de marijuana aurait-elle empêché ces drames? Certainement pas. La vente de stupéfiants illicites, notamment les puissantes drogues de synthèse, demeurera un fléau bien présent dans la société tant qu'il existera une clientèle pour ce genre de psychotrope.

Par contre, il faut voir d'un bon oeil la volonté gouvernementale d'encadrer la production et la distribution des drogues douces pour des fins récréatives, comme c'est le cas dans quatre États américains : Washington, l'Oregon, l'Alaska et le Colorado.

Dans une analyse publiée dans le journal Le Monde en décembre 2014, un an après la légalisation au Colorado, on indiquait que le taux de criminalité dans cet État avait chuté de 10 % selon le Bureau fédéral d'enquête américain (FBI).

Est-il permis de croire qu'en n'ayant plus à se soucier des opérations Cisailles et autres enquêtes visant à enrayer le trafic de la marijuana, les policiers pourront s'attaquer de façon plus concentrée aux laboratoires artisanaux et aux organisations qui les exploitent? Également, peut-on croire qu'amputés des revenus engendrés par la vente de cannabis, les groupes criminalisés seront affaiblis et ainsi, plus vulnérables?

Toujours au Colorado, ce sont plus de 140 millions de dollars en taxes qui ont été perçues par l'État au cours de l'an Un de la légalisation. De ces sommes, on souhaitait utiliser 40 millions pour la construction de nouvelles écoles, ce qui n'a pu être fait.

La légalisation, en effet, n'est pas aussi simple qu'on pourrait le croire. L'implantation d'un véritable cadre nécessite des investissements importants. Le Canada ne se lancera pas dans une logique comme celle qui a cours aux Pays-Bas, où la consommation de drogues douces est illégale, mais tolérée depuis 1976. À peine les Coffee Shops d'Amsterdam sont-ils soumis à quelques règles de base, dont l'interdiction de vendre à des mineurs.

Au Canada, Justin Trudeau s'inspirera davantage du modèle américain, plus progressiste et nettement mieux défini. Cette volonté nécessitera toutefois une vaste réflexion.

Au cours d'une entrevue accordée récemment à la Presse canadienne, le directeur de l'agence de régulation de l'industrie de la marijuana au Colorado, Lewis Koski, invitait le gouvernement du Canada à ne rien laisser au hasard. Les Canadiens pourront-ils cultiver leur propre cannabis ou devront-ils nécessairement se le procurer à une succursale accréditée? La marijuana pourra-t-elle être offerte sous une forme alimentaire, par exemple un biscuit ou une sucrerie? Comment entend-on punir la conduite automobile sous l'influence du cannabis? Quel sera l'âge légal pour consommer? Au Colorado, c'est 21 ans.

C'est un fait avéré, les stupéfiants sont aisément accessibles pour quiconque souhaite en consommer. Les événements de cette semaine démontrent par ailleurs que sans contrôle de qualité, les risques associés à la drogue sont bien réels. L'histoire d'un adolescent de La Baie qui a perdu la vue après avoir ingéré des psychotropes, l'été dernier, est un autre exemple de la menace que représente le marché de la rue.

C'est à ce marché et à tous ses acteurs qu'Ottawa s'attaquera en modifiant le Code criminel et en éduquant la population.

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