Un «peu» raciste!

Le maire de Saguenay, Jean Tremblay... (Archives Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Le maire de Saguenay, Jean Tremblay

Archives Le Quotidien, Jeannot Lévesque

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Est-ce que le maire de Saguenay, Jean Tremblay, a choqué en affirmant «... qu'on est un peu raciste dans la région»? Il faut vivre sur une autre planète pour répondre dans l'affirmative parce qu'il y a, effectivement, un fond de repli sur soi, de peur de l'étranger et de racisme au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Et ce n'est pas en évacuant la question, entre autres choses pour préserver notre réputation, que le racisme disparaît. Avoir un fond de racisme ne fait pas de nous des gens différents des autres sociétés. Un peu partout dans le monde, des mouvements et des partis politiques font de leur fonds de commerce la différence entre les peuples, les religions et les cultures. Heureusement, chez nous, les débats permettent aux idées de circuler et l'information aide à contrer les dérapages.

En fait, il faudrait jouer sur la sémantique pour démolir la déclaration du maire. C'est vrai que la définition du dictionnaire nous ramène à une hiérarchie entre les peuples alors qu'au sens large et familier, le mot est associé au rejet de l'autre. La xénophobie est aussi pire que le racisme parce qu'elle réfère à l'hostilité à l'égard des étrangers. À tout le moins, la crainte et la méconnaissance de l'autre sévissent dans la région, de là l'expression de Jean Tremblay.

Des signaux

Le maire s'est bien abstenu de quantifier son observation sur le racisme, ce qui aurait été plus hasardeux. En effet, il est difficile de connaître le pourcentage de la population complètement fermée à l'autre ou encore méfiante de certains groupes. Existe-t-il des unités de mesure de la tolérance? Est-ce que les conversations que nous entendons, les commentaires exprimés sur les réseaux sociaux et les opinions publiées témoignent de ce que nous sommes? Est-ce qu'il s'en dégage des évidences? Fort probablement.

Si l'on réfère aux explications d'un chargé de cours à l'Université du Québec à Chicoutimi, Christian Bélanger, le maire mérite, pour ses propos, un blâme par l'Assemblée nationale du Québec, rien de moins. Sur les réseaux sociaux, on répondrait à sa démarche par l'onomatopée «oups!», pour signaler qu'il y a quelque chose qui ne va pas dans cette initiative.

Que dit ce chargé de cours de la sortie du maire de Québec, Régis Labeaume, selon laquelle les hommes célibataires ne devraient pas faire partie des immigrants que le Québec accepte parce qu'ils sont davantage susceptibles d'être des terroristes? Le maire Labeaume a par la suite corrigé le tir.

L'intervention de M. Bélanger, toutefois, apporte une belle occasion de réfléchir sur ce que nous sommes et ce que nous voulons être dans l'avenir. Ce n'est pas en niant les excès que la réflexion se fera et en personnalisant les interventions, c'est-à-dire en accueillant les initiatives en fonction du messager, que les échanges seront porteurs.

Fardeau de la preuve

Ceci étant dit, la démarche de Saguenay de rappliquer auprès du premier ministre Couillard, qui souhaitait lui-même contribuer au parrainage d'une famille syrienne à Saint-Félicien, manifeste une insistance pertinente. Les régions, dites éloignées, ont le fardeau de la preuve en matière d'immigration. Quelques-unes des rares initiatives se sont conclues par des résultats mitigés. Au-delà de la dimension humanitaire, les régions ont besoin de l'immigration pour assurer un équilibre démographique. Les temps ont changé de sorte que l'époque où l'on faisait venir des Européens de l'Est, comme au début du siècle, comme mercenaires pour la grande industrie est révolue.

L'engagement de Jean Tremblay doit être accompagné d'une nécessaire cohésion. La collaboration et le recours aux ressources et aux réseaux qui détiennent une expertise en matière d'accueil et d'intégration sont incontournables.

Et le maire, fervent chrétien, affiché publiquement, est bien placé pour savoir combien la pratique de la foi compte beaucoup pour certains et que la tolérance et la charité sont des vecteurs importants du vivre ensemble!

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