Prévenir un réveil brutal

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Comme c'est malheureusement trop souvent le cas, il aura fallu un événement dramatique frappant de plein fouet une capitale occidentale pour que l'opinion publique d'ici se focalise réellement sur les horreurs qui constituent pourtant le quotidien dans de trop nombreux pays du monde, tels le Liban ou le Nigeria, et dont on parle moins...

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François Saint-Gelais
Le Quotidien

Les tragiques attentats survenus il y a une semaine, à Paris, et les événements multiples qui en ont découlé, ne peuvent avoir un quelconque début de sens que s'ils incitent la communauté internationale à agir de manière décidée et concertée afin de s'attaquer non seulement aux terroristes, mais aussi et surtout aux causes profondes qui alimentent leurs actions.

L'image marquante du petit Alan Kurdi, qui a fait le tour du globe en septembre dernier, dont le corps a été retrouvé inerte sur une plage d'Europe, avait commencé à ébrécher la bulle de confort et de relative indifférence entourant la guerre civile en Syrie et les multiples conflits qui secouent le Moyen-Orient. Les attentats de ce sombre vendredi 13 novembre dernier l'ont fait éclater.

Comme c'est malheureusement trop souvent le cas, il aura fallu un événement dramatique frappant de plein fouet une capitale occidentale, un pays avec lequel les liens de parenté sont forts, pour que l'opinion publique d'ici se focalise réellement sur les horreurs qui constituent pourtant le quotidien dans de trop nombreux pays du monde, tels le Liban ou le Nigeria, et dont on parle moins... Pour que les citoyens d'ici essaient de comprendre un peu mieux les raisons qui font en sorte que les pays d'Europe de l'Ouest sont submergés, depuis des mois, par des flots de réfugiés. Pour qu'ils cherchent à s'informer sur ce qu'est ce fameux groupe armé «État islamique». Pour qu'ils constatent que les événements de Paris concernent aussi très étroitement le Saguenay-Lac-Saint-Jean, où l'on compte, notamment à l'UQAC, une forte communauté française, et parce que des avions de la 3e Escadre de Bagotville sont, encore, déployés au Koweït et effectuent des frappes militaires en Irak. Cette mobilisation des consciences doit inciter les élus québécois et canadiens, les dirigeants du monde, à agir davantage et surtout mieux.

L'objectif premier visé par les terroristes consiste, par la terreur et la peur, à obliger un gouvernement à changer ses orientations et ses politiques. Dans le cas des attentats de Paris, ce serait une erreur de céder et de cesser les opérations entreprises par la coalition de pays contre l'État islamique, coalition dont fait partie le Canada. Ce serait une erreur, aussi, de cesser de venir en aide par divers moyens humanitaires et économiques aux réfugiés et aux citoyens des pays où sévit la guerre civile. Ce serait une erreur de refuser, en raison de la peur, d'accueillir ces mêmes réfugiés au Québec et au Canada. Enfin, ce serait également une erreur de se fermer à l'apport des communautés musulmanes déjà bien implantées ici, de les rejeter. De les craindre.

Poser de tels gestes de repli serait justement faire le jeu des criminels qui ont attaqué la capitale française. La clé, donc, consiste à bien saisir les enjeux et à poser des gestes diversifiés, réfléchis, transparents, cohérents, qui seront bien expliqués à la population qui, comme l'a démontré le sondage publié vendredi, a des craintes et des interrogations.

Le gouvernement Trudeau a réitéré sa volonté de rapatrier les CF-18 canadiens d'ici le mois de mars, respectant ainsi une promesse électorale formelle. Si le Canada compense son retrait par d'autres mesures militaires et humanitaires sur le terrain, tel qu'annoncé par le premier ministre, la décision sera valable. Ottawa a aussi maintenu sa décision d'accueillir prochainement 25 000 réfugiés, dont quelque 6000 devraient s'établir au Québec. Ce geste d'ouverture est important. Bien sûr, il faut prendre le temps, bien préparer et planifier leur arrivée, leur implantation et leur intégration, bien mesurer les impératifs de sécurité, certes. Mais il faut les accueillir. Cela fait partie de la grande solution au grand problème du terrorisme international de nature intégriste, lequel doit être combattu à la source, à sa racine... C'est notre rôle, le rôle du Canada et de ses alliés.

Comme il est de notre rôle, individuellement, de ne pas laisser la chape d'indifférence envers la crise qui secoue les pays du Moyen-Orient se replacer, tranquillement, au fur et à mesure que le quotidien et la routine reprendront leurs droits. Il faut tirer, collectivement, des leçons des derniers événements. Et il ne faut surtout pas oublier. Parce que le réveil n'en sera que de plus en plus brutal.

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