UQ: Québec fait fausse route

Martin Gauthier, recteur de l'UQAC, s'oppose à l'abolition... ((Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque))

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Martin Gauthier, recteur de l'UQAC, s'oppose à l'abolition du siège social de l'Université du Québec. Il estime que le réseau permet la mise en commun d'une force et d'une expertise sur le plan académique et administratif.

(Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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François Saint-Gelais
Le Quotidien

Québec fait fausse route en analysant la possibilité d'abolir le siège social de l'Université du Québec (UQ). Une telle décision ne permettrait manifestement pas d'économiser des fonds publics, bien au contraire. De plus, elle se traduirait immanquablement par des impacts directs et marqués sur les services aux étudiants et sur la qualité de l'enseignement dispensé dans les universités de ce réseau. Donc, au final, par un affaiblissement des régions elles-mêmes.

Le recteur de l'UQAC, Martin Gauthier, a sonné l'alarme, mardi, dans une entrevue éditoriale accordée au Quotidien. Les arguments qu'il a soulevés en faveur du maintien de la tête de pont de l'UQ sont éloquents, logiques. Surtout, ils rejoignent ceux soulevés, au cours des derniers jours, par les autres recteurs de l'UQ.

Ce qui ressort clairement, c'est que l'abolition du siège social de l'Université du Québec ferait perdre une expertise importante et de nombreuses ressources stratégiques communes aux universités régionales, les obligeant du coup à mettre en place chacune de leur côté de nouveaux services administratifs, avec les coûts additionnels que cela engendrerait. De plus, les universités de l'UQ devraient se battre entre elles afin de recruter ce même rare personnel. Le recteur Gauthier évalue que les économies de 15 M$ qui seraient techniquement effectuées via la disparition du siège social de l'UQ se traduiraient par une facture totale de 30 M$ à être assumée par ses composantes.

Compte tenu la situation économique actuelle, il est aisé de comprendre les effets catastrophiques qu'aurait cette nouvelle obligation financière sur les universités régionales. Et, c'est sans compter tous les effets négatifs majeurs qu'aurait, sur les plans éducatif, administratif et sur la recherche la dissolution du siège social de l'UQ. Faut-il rappeler que cette entité a été créée afin de maximiser la collaboration et la concertation entre les universités mises en place dans la foulée de Révolution tranquille; afin de faciliter et de maximiser leur développement, de leur donner une base solide pour rayonner dans leur milieu respectif, de faciliter l'accès aux études supérieures en région et de soutenir la recherche de pointe hors des grands centres? Dans ce contexte, facile de conclure qu'abolir le siège social de l'UQ, c'est fragiliser les universités des régions du Québec. C'est briser leur élan, disperser les outils dont elles sont parvenues à se doter.

Alors que le savoir et que les activités de recherche sont de plus en plus cruciales pour assurer le développement économique, difficile de croire que le gouvernement du Québec voudra poser des actions susceptibles de mettre en péril le fleuron que constitue le réseau de l'UQ.

D'ailleurs, le fait que les recteurs des universités membres du réseau soient unanimes à défendre le maintien du siège social constitue en lui-même un signal puissant. Si l'abolition de la structure et l'octroi d'une plus grande autonomie à chaque université étaient une si bonne idée, il ne fait aucun doute qu'elle serait accueillie à bras ouverts, comme une saine démarche en faveur d'une décentralisation des pouvoirs souhaitée ardemment dans les régions dans certains dossiers.

L'idée d'abolir le siège social de l'UQ revient périodiquement dans les coulisses du pouvoir. On peut imaginer qu'une telle mesure est susceptible de profiter aux «grandes» universités situées dans les grands centres. Surtout dans le contexte économique actuel. Des universités implantées en région plus faibles, offrant moins de programmes et faisant moins de recherche, deviennent moins attractives. Des étudiants précieux leur échapperaient... avec le financement qui vient avec, au profit des autres institutions. Il faut éviter de sombrer dans la paranoïa et dans les théories du complot. Mais, il ne faut pas non plus écarter le spectre des pressions politiques récurrentes de certains intervenants dans ce dossier pour expliquer la tournure actuelle de la situation au ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur.

Dans ce contexte, Québec doit résister au chant des sirènes et maintenir le statu quo concernant le siège social de l'UQ. D'autant qu'il existe bien d'autres options pour économiser tout en allégeant le fardeau des universités.

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