Un gros test pour le PQ

Le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau... (Archives La Presse)

Agrandir

Le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau

Archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
François Saint-Gelais
Le Quotidien

Le moment où survient l'annonce surprend. Mais pas vraiment son contenu. L'engrenage ayant conduit à la démission et au retrait de la vie politique active de Stéphane Bédard a amorcé sa course avant la dernière rentrée parlementaire, lorsque le nouveau chef péquiste Pierre Karl Péladeau a relégué le député de Chicoutimi de ses fonctions de leader du parti au rang de «simple» critique en matière de Justice. C'est ce geste, c'est ce coup de tonnerre politique qui a constitué, et qui constitue, encore aujourd'hui, la véritable surprise. La famille Bédard étant, en effet, intimement et professionnellement très liée, et ce depuis longtemps, à l'empire Péladeau. À ce moment, nombreux étaient ceux qui croyaient que M. Bédard remettrait immédiatement sa démission. Il aura finalement tenté d'avaler cette amère pilule durant quelques semaines avant de le faire.

L'histoire et le passage du temps permettront de finir par saisir les raisons profondes qui ont conduit le chef péquiste à procéder à la rétrogradation de celui qui aura été, durant toute sa carrière politique, un élu fidèle à ses chefs, un parlementaire aguerri redoutable en chambre, un militant d'une loyauté à toute épreuve envers son parti et ses collègues et un travailleur acharné au moment de défendre ses dossiers, tant nationaux que régionaux.

En attendant, même s'il elle s'avérait prévisible à terme, la démission de Stéphane Bédard, le même jour ou un autre pilier du mouvement souverainiste québécois, Gilles Duceppe pose le même geste, engendre néanmoins une énorme onde de choc au sein du PQ. Dans cette perspective, alors même que la formation se remet d'une course au leadership mouvementée et émotive, et alors qu'elle cherche à reprendre ses repères dans l'opposition, le départ de Stéphane Bédard représente un gros test pour le Parti québécois.

Le député de Chicoutimi, chef intérimaire et surtout leader parlementaire durant une longue période, laisse un grand vide au sein du caucus. Combler un vide, dans une formation politique génère toujours des remous, des discussions de corridor. Ce sera d'autant plus le cas dans le cas présent. Surtout que pour une première fois depuis 1998, pour une rare fois dans l'histoire du PQ, le parti de René Lévesque ne compte plus, en ses rangs et sur les banquettes de l'Assemblée nationale, un membre de l'éminente famille Bédard, pionnière du mouvement nationaliste et péquiste au Saguenay-Lac-Saint-Jean, avec Marc-André Bédard.

Dans ce contexte, et alors que les appuis au PQ dans Chicoutimi ont été grignotés, dans les urnes, au fil des derniers scrutins, le Parti québécois aura fort à faire pour dénicher un candidat vedette pour succéder à Stéphane Bédard lors des élections partielles qui s'annoncent corsées. Les libéraux de Philippe Couillard voudront sans aucun doute profiter de l'occasion pour arracher la circonscription, représentée par un élu péquiste depuis des décennies et réputée pour être une forteresse nationaliste. Le symbole d'une victoire libérale dans Chicoutimi serait énorme pour le premier ministre et député de Roberval. Et un affront à son rival péquiste.

Le milieu politique est un univers ingrat, où les heures de travail sont longues et épuisantes, et la pression constante. Père de trois jeunes enfants, politicien depuis le début de sa carrière professionnelle, Stéphane Bédard a beaucoup donné. On peut croire sa sincérité quant au fait qu'il veuille se rapprocher de sa famille et pratiquer le droit, sa profession première, avant, peut-être, de replonger en politique... Voire en politique municipale, comme le veulent certaines rumeurs. Indépendamment des allégeances politiques, il faut reconnaître le travail accompli depuis 1998 par le député de Chicoutimi. Reconnaître sa volonté de défendre bec et ongles les dossiers de sa circonscription, de sa région et des régions du Québec, notamment lorsqu'il a agi à titre de président du Conseil du trésor et de ministre responsable du Saguenay-Lac-Saint-Jean durant le gouvernement de Pauline Marois. Reconnaître, également, qu'il a tout à fait le droit de toucher sa prime de départ, tel que le prévoient les règles actuelles à Québec, compte tenu du contexte de son départ et de l'éloquence de ses états de services.

Il ne fait nul doute qu'hier, pour le PQ, pour la région et pour la famille Bédard elle-même, une page d'histoire importante s'est tournée.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer