Un mauvais calcul politique

Le maire Jean Tremblay.... ((Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque))

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Le maire Jean Tremblay.

(Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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François Saint-Gelais
Le Quotidien

Au final, le maire de Saguenay, Jean Tremblay, a décidément fait un mauvais calcul politique en décidant, à la fin de 2014, d'abolir son cabinet politique. À preuve, il se retrouve aujourd'hui, moins d'un an après la dissolution de ce dernier, à travailler à sa renaissance. Même si toute cette affaire est plus complexe qu'on pourrait le croire de prime abord, qu'elle n'est ni complètement blanche ni complètement noire, comme d'aucuns le croient, il reste, aujourd'hui, qu'elle affecte son image auprès d'une partie de l'électorat saguenéen. Et qu'elle a donné de l'élan aux partisans de l'ERD...

Fondamentalement, Jean Tremblay était convaincu, sur le plan juridique, qu'en mettant fin au financement de son propre cabinet politique, il pouvait du coup mettre également un terme aux obligations de Saguenay quant au financement du cabinet de l'opposition officielle, ce qui soulageait d'autant les finances publiques de la capitale régionale. Or, c'était une erreur, comme on le sait clairement maintenant et comme on pouvait l'estimer dès le départ.

Car, une partie des conséquences de cette erreur était très facilement prévisible: la volte-face du maire devant l'opposition a donné l'impression qu'il agissait ainsi dans un but purement et simplement politique, afin de nuire au travail des deux élues de l'ERD. Le maire a eu beau se défendre de cette explication à l'époque, et il a beau s'en défendre encore aujourd'hui avec véhémence, le mal est fait. L'image colle. L'autre conséquence, somme toute assez prévisible également, a été d'entraîner la ville dans une autre saga judiciaire, avec tous les coûts que cela engendre.

L'autre aspect du dossier qui a nui à Jean Tremblay est directement lié au fait que lui-même a pu compter sur un cabinet politique au cours de ses années à la tête de Saguenay. Certes, en l'absence d'une opposition structurée à l'hôtel de ville, ce cabinet n'avait pas le même rôle ni les mêmes mandats qu'un cabinet engagé dans une véritable lutte politique, contre un adversaire organisé et dans une dynamique où deux parties s'affrontent réellement sur le terrain. Sauf que dans l'image populaire, la distinction entre les deux formes de cabinets est difficile à expliquer, surtout alors que le propre parti politique du maire Tremblay n'existe pas encore officiellement. L'abolition pure et simple du cabinet alors que l'ERD prenait place à la table du conseil représente d'autant plus une erreur stratégique. Le maire Tremblay a beau déplorer, non sans présenter de bons arguments à l'appui d'ailleurs, que les lois québécoises fassent figure d'exceptions au Canada en matière de financement et d'organisation des cabinets politiques en leur réservant des fonds publics officiellement dédiés, abolir unilatéralement son propre cabinet n'était pas, dans le contexte économique et politique actuel, la meilleure option pour faire valoir son point...

Par contre, nonobstant les coûts liés aux frais juridiques, il n'est pas exact de conclure que la décision du maire de Saguenay de faire renaître son cabinet aura un impact financier direct pour le trésor public. Les deux anciens membres du cabinet de Jean Tremblay qui ont été transférés dans d'autres postes à Saguenay occupent des fonctions utiles et nécessaires qui auraient dû être comblées de toute façon.

Par contre, il est vrai que ce genre de nomination partisane n'est pas souhaitable, même si elles sont malheureusement monnaie courante dans tous les paliers de gouvernement. D'ailleurs, tous les politiciens, de toutes les allégeances, devraient s'en abstenir et privilégier plutôt les appels de candidature officiels.

Au final, on ne peut dénier le droit de Jean Tremblay de redonner vie à son cabinet politique et à utiliser les sommes prévues légalement à cette fin par la loi. Il n'en demeure pas moins que ce dossier a donné lieu, en fin de compte, à des dépenses inutiles pour le trésor public, qu'il a envenimé les relations déjà très tendues entre l'ERD et le maire et qu'il a détourné l'attention des défis qui guettent la capitale régionale et qui doivent être les vraies priorités des élus.

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