Les leçons du dossier Century

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«Coupes budgétaires importantes et remise en question de certains modèles de gouvernance : le Centre québécois de recherche et de développement de l'aluminium (CQRDA) traverse présentement une période mouvementée», estime notre éditorialiste.

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François St-Gelais
Le Quotidien

Century Aluminium abandonne l'idée de construire une aluminerie dans le Haut du Lac-Saint-Jean. L'entreprise évoque l'instabilité du marché mondial et l'impossibilité d'obtenir de l'énergie nettement sous le tarif industriel actuel, doit-on comprendre, pour expliquer sa décision.

Cette volte-face constitue un dur coup pour les élus jeannois qui espéraient un dénouement favorable dans ce dossier de 2 G$. Ceux-ci, avec en tête le maire de Dolbeau-Mistassini, Richard Hébert, et le préfet de la MRC Maria-Chapdelaine, Jean-Pierre Boivin, comptent désormais séduire d'autres joueurs de l'industrie. Cette ténacité les honore. Et, si jamais leurs efforts portent éventuellement fruit, c'est non seulement le « Haut du Lac », mais aussi l'ensemble de l'économie du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui seront alors dynamisées. L'expérience du dossier Century doit donc servir de leçon et inciter les élus à davantage de prudence et de retenue, à l'avenir, surtout dans les messages lancés sur la place publique. À cet égard, l'élection du gouvernement Couillard et le fait que le premier ministre se retrouve lui-même député régional a sans doute eu pour effet d'accélérer les attentes et l'enthousiasme au cours des derniers mois.

Car la construction d'une nouvelle aluminerie, dans l'état actuel du marché et dans un secteur comme celui de Dolbeau-Mistassini, est ardue. Plus compliquée qu'un « simple » dossier d'agrandissement d'usine existante, bien rodée et déjà dotée de toutes les infrastructures industrielles nécessaires.

Et il y a toute la question de l'approvisionnement énergétique... Une question épineuse qui nécessite de la part de Québec de faire preuve d'un complexe mélange de vision à long terme, de réalisme et de stratégie d'affaires. Encore plus dans un contexte de surplus énergétiques appréhendés pour plusieurs années.

Québec a déjà admis que le tarif grande puissance n'est plus, actuellement, aussi compétitif qu'il ne l'a déjà été à l'échelle mondiale. Ce constat est d'ailleurs pris en compte dans la Stratégie québécoise de développement de l'aluminium dévoilée en juin dernier. Dans cette optique, Québec a mis en place diverses ententes permettant de moduler les coûts d'approvisionnement de certains clients industriels selon divers paramètres. Mais Québec a aussi décidé que le tarif grande puissance ne descendrait sous un certain seuil. Pas question de vendre l'hydroélectricité propre et renouvelable du Québec à quelque 2 cents le KW/heures, comme dans certaines régions du globe.

On comprend que cette position claire et ferme a joué un rôle dans la décision de Century. À court terme, des emplois et un investissement majeur de moins sur le terrain, dans la région... Mais à long terme, toutefois, cette position est logique. D'une part parce que Québec évite de créer des précédents et de renier l'esprit d'ententes industrielles déjà conclues avec de grands consommateurs d'énergie tels Rio Tinto Alcan. Aussi parce que les gaz de schiste et les approvisionnements en énergies fossiles polluantes actuellement cédés à très bas prix au Moyen-Orient et ailleurs dans le monde ne sont pas renouvelables et sont appelés, à mesure que la lutte contre les gaz à effet de serre s'intensifiera, à devenir de moins en moins attrayants. Alors, l'attrait de l'énergie verte québécoise, l'hydroélectricité en tête, sera décuplé.

Inévitablement, le prix plancher où elle sera toujours très concurrentielle montera aussi. Dans ce contexte, si Québec accorde aujourd'hui des garanties d'approvisionnement à très long terme pour une bouchée de pain, il risque de s'en mordre les doigts. Et le trésor public sera confronté à une perte de revenus.

Cette trame de fond doit servir de guide aux élus jeannois dans les efforts qu'ils comptent continuer à déployer pour attirer dans la région un nouvel alumineur. Ces efforts doivent se faire en étroite collaboration avec Québec, selon les axes prévus dans la Stratégie québécoise de développement de l'aluminium et surtout, surtout, dans une perspective à très long terme.

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