Et c'est parti...

Au pouvoir depuis 2006 et sollicitant un quatrième... (PHOTO BLAIR GABLE, REUTERS)

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Au pouvoir depuis 2006 et sollicitant un quatrième mandat de suite, Stephen Harper donne ainsi le coup d'envoi à un véritable marathon électoral de 11 semaines.

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François Saint-Gelais
Le Quotidien

Ça y est. Le Canada entame officiellement la plus longue et la plus coûteuse campagne électorale de son histoire moderne. Trois mois avant le scrutin, le 19 octobre. Déjà que trois mois, en politique, c'est une éternité... En demandant la dissolution de la Chambre des communes, hier, le premier ministre Stephen Harper a pris un pari. Un pari stratégique et aussi risqué à de multiples égards. D'abord celui d'épuiser financièrement les autres partis ainsi que les groupes de pression et les syndicats qui promettaient depuis longtemps de s'immiscer dans la campagne 2015 contre sa formation. Les règles qui encadrent les dépenses de ceux-ci sont très strictes en période électorale officielle. Également, le pari que sur une longue période, ses principaux adversaires, Thomas Mulcair et Justin Trudeau, se déchireront entre eux, feront des erreurs et culmineront et descendront chacun leur tour dans les intentions de vote, pour finalement se diviser les voix contre ses politiques, ce qui permettra du coup sa réélection et le triomphe de son parti, à la fin du marathon qui s'amorce.

Cette stratégie comporte sa part de risques pour les conservateurs. Le gouvernement aura à défendre son bilan pendant 11 semaines. Or, si ce dernier a posé des bons coups au cours des dernières années, il traîne aussi quelques boulets, notamment en matière d'environnement, de soutien à la science, ou en matière d'affaires étrangères. Le Canada, après tout, est engagé dans de véritables conflits armés au Moyen-Orient... L'aboutissement de quelques dossiers actuellement devant les tribunaux pourrait aussi nuire à l'image conservatrice. Bien malin, aussi, qui peut prédire avec certitude comment évolueront sur le terrain et dans l'opinion publique, à plus long terme, les conclusions du Partenariat transpacifique, ou le dossier portant sur la protection de l'industrie fromagère devant la menace européenne, par exemple...

La décision de Stephen Harper a le mérite de rendre la situation politique canadienne claire : la partie est officiellement commencée. Certes, ce déclenchement hâtif de la campagne engendre à plusieurs niveaux des dépenses accrues directes et indirectes pour les contribuables. Par contre, cela évite de jouer sur les mots, sur les perceptions, avec les marges des principes démocratiques fondamentaux. Les Canadiens n'assisteront donc plus dans les prochaines semaines à une procession d'annonces, des plus petites aux plus fastueuses, aux quatre coins du pays, sous prétexte que ces dossiers viennent d'aboutir. À compter d'aujourd'hui, chaque geste, chaque parole comptent. Le «warm-up» est terminé. Il n'aura finalement pas été trop long.

D'une perspective régionale, la campagne sera particulièrement intéressante. Parce que plusieurs enjeux qui concernent directement ses intérêts seront inévitablement soulevés, notamment les suites du Partenariat transpacifique, le positionnement de la base de Bagotville et les investissements militaires en général, la protection des intérêts locaux devant l'appétit des entreprises étrangères, la gestion des ressources naturelles... Aussi parce que le Saguenay-Lac-Saint-Jean en dépit du fait qu'il ne compte que trois circonscriptions, revêt un intérêt stratégique et symbolique qui dépasse ses frontières, en raison de la présence du député Denis Lebel, bras droit du premier ministre Harper au Québec et figure conservatrice importante. Libéraux, bloquistes et néodémocrates ne ménageront pas leurs efforts pour le défaire. Des visites de Thomas Mulcair et de M. Harper lui-même dans la région, de ce fait, apparaissent très probables. Le NPD, qui a fait deux percées imprévues dans Jonquière-Alma et dans Chicoutimi-Le Fjord en 2011, à la faveur de la vague orange, voudra conserver ces acquis, surtout que le parti aspire à prendre le pouvoir à Ottawa. Afin de garder ce pouvoir et éventuellement de faire des gains au Québec, les conservateurs, eux, voudront certainement reprendre le coeur des électeurs de l'ancien comté de Jonquière-Alma, ancien fief de Jean-Pierre Blackburn. Suivant l'état de la campagne de Justin Trudeau, les libéraux pourraient, dans ce contexte, réussir à influencer la lutte en grappillant des voix. Et le Bloc québécois, se fondant sur le vieux fond de conviction nationaliste régional, multipliera sans doute les coups d'éclat au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Comme quoi même longue et déclenchée en plein été, la campagne 2015 sera pour le moins mouvementée. Et passionnante...

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