Un Royaume sans roi...

L'usine Graphic Packaging International de Jonquière a cessé... (Photo Jeannot Lévesque, Le Quotidien)

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L'usine Graphic Packaging International de Jonquière a cessé définitivement ses activités, lundi, et remercié ses 142 employés sous prétexte que l'ancienne cartonnerie Cascades n'était plus profitable pour la compagnie.

Photo Jeannot Lévesque, Le Quotidien

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Cent quarante-deux autres victimes s'ajoutent aux difficultés de l'industrie des pâtes et papiers au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Graphic Packaging Holding Company met la clé sur la porte de l'ancienne cartonnerie Cascades de Jonquière et s'envole avec une technologie développée au Québec.

Le coup est d'autant plus difficile à encaisser que la société américaine exploite l'usine à peine depuis six mois, comme si l'univers avait eu le temps de basculer depuis sa décision de payer 44,9 millions$, en décembre dernier. Pour les travailleurs, il devient impensable que Graphic Packaging ne mijotait rien en ce sens pendant qu'ils s'apprêtaient à célébrer Noël.

Ce sont les affaires, diront de façon distanciée certains défenseurs de l'économie de marché, mais faut-il se laisser déshabiller de notre savoir pour autant? L'affaire ressemble au déménagement de l'ancienne usine Novelis, aussi un joyau technologique qui avait été mis au point par l'ancienne compagnie Alcan.

Dans quelques jours, table rase aura été faite de l'ancien complexe d'Abitibi Consolidated, acheté par la famille Lemaire en 1984. Cascades a connu deux décennies de prospérité avant de commencer à vaciller au début des années 2000. Pour ceux qui ne le savent pas, Cascades fabrique un carton recyclé pour les grandes chaînes de restauration rapide à l'état brut aux États-Unis où il est imprimé et transformé en boîte avant d'être expédié sur le marché, toutes des tâches qui auraient pu être accomplies dans la région. Bien sûr, on opposera l'éloignement, ce qui est rarement évoqué quand vient le temps de puiser dans nos ressources naturelles.

Il était tentant, donc, pour Graphic Packaging de laisser détériorer les équipements et fournir le minimum d'effort pour finir par se justifier de déménager une technologie, payée à gros prix. Ce n'est ni le produit ni le marché qui sont en cause puisque l'Amérique consomme de plus en plus dans les restaurants-minute.

Il faut bien nous rendre à l'évidence: les communautés demeurent spectatrices dans ces circonstances et leurs représentants ne trouvent pas mieux que de se relancer la faute. Une chose est certaine, la façon avec laquelle l'entreprise a annoncé sa décision de retourner à la maison sans emploi ses 142 travailleurs et le fait que le gouvernement n'avait pas été prévenu démontrent tristement qu'elle n'avait cultivé aucun lien avec son milieu.

Pas de point de presse, pas de communiqué de presse en français et aucune communication avec le gouvernement pour expliquer sa décision. En revanche, ils sont combien de représentants d'arrondissement, de ville, de province et de pays à avoir tenté de rencontrer les propriétaires au cours des six derniers mois pour connaître les plans et partager des préoccupations? Pourtant, ils ont besoin de bons coups, les élus, pour regagner la confiance de ceux qui paient leur salaire.

Dans tout le désarroi exprimé lundi, il existe des observations à rebrasser et des constats à retenir. D'abord, le maire Jean Tremblay a jeté un pavé dans la marse en questionnant le Sommet économique régional, qui est encore tout frais. Il s'étonne que personne n'ait pris les moyens d'aller au-devant des mauvais coups en élaborant des stratégies d'avenir. En effet, c'est désolant. Le premier ministre, Philippe Couillard, député régional, doit être particulièrement insulté d'avoir été traité de la sorte.

Puis, la suggestion de Sylvain Gaudreault de former une délégation pour se rendre au siège social de Graphic Packaging à Atlanta doit être considérée. Si elle ne changeait rien à la situation, elle permettrait au moins de gagner un peu de respect.

Autre constat, la région n'apprend pas du passé. C'est vrai que les pouvoirs face à une économie de marché transcontinental où les territoires sont ouverts et les droits garantis dans des traités, comme l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), sont limités, mais cela ne veut pas dire de ne pas faire en sorte que les choses se passent différemment. Un Royaume, selon les dictionnaires, est un lieu où quelqu'un ou quelque chose règne et non un territoire où logent des rois de pacotille!

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