Salut Philippe!

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JOËL MARTEL
Le Quotidien

J'ai connu Philippe il y a un peu plus d'un an. Et là, quand je vous dis que je l'ai connu, c'est pas mal à sens unique. C'était donc la dernière soirée de mai et pour vous dire vrai, j'y étais allé un peu à contrecoeur. Ce soir-là, j'aurais amplement préféré passer la soirée à jouer aux jeux vidéos, mais les patrons m'avaient envoyé en mission spéciale: couvrir un concert de Giorgia Fumanti à l'église de Saint-Nazaire.

Comme le concert avait pour objectif de récolter des fonds pour Leucan, on nous avait parlé de la mission de l'organisme et c'est aussi à ce moment qu'on nous avait présenté Philippe. Le jeune homme avait été accueilli sous un tonnerre d'applaudissements et croyez-moi, il le méritait. Au cours des derniers mois, il avait multiplié les allers-retours vers l'hôpital afin de combattre ce satané cancer.

Je me souviens que son sourire m'avait énormément réchauffé le coeur et que pendant une bonne partie du spectacle, il était assis là, à deux mètres de moi et comme une groupie après un concert rock, je tentais désespérément d'échanger un regard avec lui pour lui signifier toute mon admiration quant à sa détermination.

Quelques mois plus tard, alors que mon fils avait commencé ses cours de natation, j'ai revu Philippe. Il était là parmi les moniteurs et je me souviens de m'être empressé de dire à ma blonde que c'était lui, le kid qui m'avait fait pleurer de par son courage.

Chaque semaine, je le regardais aller et je me disais que j'aurais bien aimé qu'il soit le moniteur de mon garçon. Et quand je vous dis ça, je ne vous mens pas. Je me l'étais même dit la semaine où j'avais manqué un de ses cours.

Et puis hop, les mois ont passé et la semaine dernière, j'étais en réunion avec des amis qui travaillent dans l'enseignement et ils m'ont parlé de cet étudiant qui venait de décéder d'un cancer. Ils m'ont montré des photos de lui et, en toute honnêteté, tout ça m'avait beaucoup remué, même si je n'avais aucune idée de qui pouvait bien être ce jeune homme.

Ce n'est qu'il y a deux jours, alors que ma soeur est venue donner le cadeau de fête des cinq ans de mon fils, que tout est devenu soudainement limpide. Elle m'a parlé qu'un ami de mon filleul était décédé. Elle m'a parlé de son long combat. Elle m'a parlé de ses ballades avec sa mère dans le quartier, de ses pas qui devenaient toujours plus difficiles et de son sourire qui ne voulait pas partir. Elle m'a aussi parlé de cette dernière soirée à l'hôpital que mon filleul avait passée en compagnie de sa famille, de sa mère qui voulait s'accrocher à tout l'amour qui était autour d'elle afin de ne pas se laisser aspirer par la vie.

Le soir venu, je suis allé border mon fils et je versais continuellement des larmes en pensant à ce garçon parti trop tôt. C'est alors que ma blonde m'a dit: «Je sais que ça va te débâtir, mais l'ami de ton filleul, c'était le garçon que tu admirais tant dans les cours de piscine de Charlot.»

Elle m'a ensuite raconté que cette fameuse semaine où je n'avais pas pu aller à la piscine et que Charlot avait enfin pu monter dans la glissade, c'était Philippe qui avait été son moniteur.

Ce soir-là, je suis allé voir la page Facebook de Philippe et c'est là que j'ai réalisé que c'était ce garçon dont on m'avait parlé la semaine précédente. Et là, j'ai littéralement fondu en larmes.

Maintenant, je dis ça comme ça, mais ça serait chouette qu'on donne son nom au parc du quartier dans lequel il a joué à une autre époque où la vie était si douce pour lui. Ou sinon, pourquoi pas la piscine?

On donne bien aux installations publiques les noms des grands? Philippe en était un.

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