Les signaux de Résolu

Jean-François Larue, économiste en chef de l'Association forestière... ((Archives Le Quotidien))

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Jean-François Larue, économiste en chef de l'Association forestière du Canada.

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À la faveur d'une entrevue éditoriale avec Le Quotidien, en avril dernier, Jean-François Larue, économiste en chef de l'Association forestière du Canada, et Michel Vincent, directeur économie et marchés au Conseil de l'industrie forestière du Québec (CFIQ), avaient attaché le grelot. Ils avaient soutenu que le marché mondial des produits de papier tissu, utilisé pour la fabrication, notamment de papier hygiénique et essuie-tout, était en forte croissance et qu'il y avait de la place, en Amérique du Nord, pour la construction de plusieurs nouvelles usines. Mais les deux experts avaient laissé entendre que le Québec était, présentement, mal positionné et mal outillé pour recevoir de tels projets majeurs et structurants.

La décision de Produits forestiers Résolu, confirmée la semaine dernière, d'investir plus de 270 M$ à son usine de Calhoun, au Tennessee, justement afin de produire des produits de papier tissu destinés au marché américain, confirme l'analyse des deux économistes rapportée en nos pages. La décision d'affaires de la multinationale envoie un nouveau signal, encore un autre, à l'effet que l'industrie forestière québécoise dans son ensemble et que le régime forestier en vigueur depuis 2013 en particulier ont besoin d'ajustements. Cela est d'autant plus criant alors que des arrêts de production temporaires viennent d'être annoncés à Alma et à Dolbeau-Mistassini, décisions qui génèrent de fortes inquiétudes dans la région et qui viennent de relancer la stérile joute verbale qui prévaut entre Résolu et Greenpeace...

D'une part, il est facile de se contenter de blâmer PFR pour sa décision d'investir aux États-Unis. D'y voir une stratégie, voire une occasion pour la compagnie d'exercer de la pression sur les différents paliers de gouvernement... Pour toute sorte de raisons, certaines justifiées et d'autres qui relèvent davantage de la légende urbaine, Produits forestiers Résolu est une cible de choix pour les critiques. Mais la réalité est plus complexe et commande une réflexion plus approfondie.

PFR a choisi d'investir à Calhoun pour trois motifs: le coût de la fibre abordable, la prévisibilité et la stabilité des approvisionnements de cette même fibre et la proximité des marchés. À l'heure actuelle, comme l'ont aussi souligné les économistes Larue et Vincent, ces trois critères ne sont pas réunis au Québec, ce qui rend les grands investissements structurants irréalistes à court et moyen termes. Il est impossible de déplacer les grandes forêts du Québec afin de les rapprocher des grandes métropoles nord-américaines. De même, il est utopique de croire que le gouvernement Couillard se lancera dans la conception et dans la mise en place d'un nouveau régime forestier. Par contre, il est certainement possible pour Québec et pour les différents acteurs de l'industrie forestière de travailler de concert afin d'identifier des améliorations concernant les questions relatives au coût de la fibre et à la stabilité des approvisionnements en matières premières, d'autant plus qu'un forum économique se prépare au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Voilà qui serait constructif et porteur d'avenir pour les régions du Québec. Voilà qui paverait la voie à des investissements structurants qui permettraient à la filière forestière québécoise de se repositionner, de générer des emplois et de se doter de nouvelles sources de revenus pour soutenir sa modernisation et de nécessaires activités de recherche et de développement.

D'autre part, encore plus en raison des événements des derniers jours, le ministère de la Forêt a aussi l'obligation d'agir afin de calmer le climat orageux qui continue de sévir entre Greenpeace et Produits forestiers Résolu. Au cours des derniers mois, Québec a multiplié, avec raison, les démarches à l'étranger afin de défendre les pratiques forestières modernes qui ont cours ici. Mais ce ministère doit aussi agir sur le «front intérieur» afin de ramener un semblant de compréhension et de communication entre les groupes environnementaux et les acteurs de cette filière. Une tâche de plus en plus titanesque à mesure que l'inaction perdure et que le dialogue de sourds se creuse.

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