L'aluminium, c'est «l'Alcan» !

Une page se tourne mais l'histoire qui y... ((Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque))

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Une page se tourne mais l'histoire qui y était gravée ne doit être oubliée alors que le «A» d'Alcan disparaît, remplacé par le «A» de l'argent et par la dure réalité de l'économie mondiale et des obligations de performances.

(Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Le nom Alcan disparaîtra de la façade du siège social montréalais de la division aluminium de Rio Tinto. Il disparaîtra de certaines affiches et de certains documents officiels. Mais les obligations de la multinationale envers le Québec et envers le Saguenay-Lac-Saint-Jean, elles demeurent aujourd'hui semblables. Et, les attentes de la population de la région et du Québec envers la compagnie anglo-australienne qui a acheté Alcan en 2007, fleuron et joyau industriel de la Belle province, demeurent également. Même qu'elles viennent de grimper d'un cran! La disparition du nom Alcan constitue, en effet, un puissant symbole. Et ce même si la compagnie prévoit, apparemment, conserver cette appellation dans le cadre de certaines activités caritatives et de commandites, ou encore afin d'identifier ses installations et alumineries.

Particulièrement au Saguenay-Lac-Saint-Jean, le nom Alcan est chargé de sens et d'émotions. Il a été et il est encore une source de fierté, et ce même si, au fil des décennies, certains événements moins positifs sont survenus sur le plan des relations de travail ou plus récemment quant à la gestion des berges du lac Saint-Jean.

Parce que c'est l'aluminium davantage que le bois qui a forgé l'identité industrielle distinctive de la région. C'est l'aluminium qui a constitué un moteur économique, voire social et culturel, avec le melting-pot que fut Arvida de sa fondation jusqu'à son apogée. C'est l'aluminium qui a fait vivre des milliers de familles d'ici, qui a façonné le paysage et la géographie du Saguenay-Lac-Saint-Jean avec l'harnachement des rivières et la construction de barrages colossaux. C'est l'aluminium, aussi, qui a fait de la région une vitrine technologique et qui l'a dotée de centres de recherche reconnus mondialement, qui a donné une partie de sa vigueur et de sa réputation internationale à l'Université du Québec à Chicoutimi. Or, justement, l'aluminium, dans la région, c'est d'abord et avant tout «l'Alcan», comme le retient le langage populaire régional. Et, c'est l'Alcan depuis un siècle...

Les craintes associées à cette décision de Rio Tinto sont exacerbées par le contexte qui l'entoure, par les coupes annoncées au sein du personnel administratif de Montréal. Le prix de l'aluminium demeure relativement faible sur les marchés, ce qui retarde la réalisation du projet d'expansion de l'usine d'Alma et la concrétisation des deuxième et troisième phases de l'aluminerie AP60 alors que l'économie du Saguenay-Lac-Saint-Jean a besoin de projets industriels majeurs et de nouveaux emplois de qualité. La question des berges et du niveau du lac Saint-Jean soulève aussi des remous. Le tout alors que, récemment, le chef des opérations RTA Métal primaire Amérique du Nord, Étienne Jacques, a profité de son passage aux consultations préparatoires au forum régional du 18 juin prochain pour inviter la population et les élus saguenéens et jeannois à travailler à établir avec la compagnie un nouveau partenariat constructif pour paver la voie à de nouveaux investissements structurants dans la région...

Il est indéniable que les différents paliers de gouvernement et Rio Tinto «Alcan» doivent agir de concert pour que la compagnie puisse bénéficier, au Québec et au Saguenay-Lac-Saint-Jean, de conditions compétitives propices à la réalisation de grands projets. Mais, la multinationale, nouvelle dénomination ou non, doit aussi continuer à respecter ses propres obligations et ses engagements envers la région, envers les riverains et envers le gouvernement du Québec. Rio Tinto, aussi, doit s'engager à maintenir des activités administratives significatives au Manoir d'Arvida, autre symbole puissant lié à l'histoire et au riche héritage d'Alcan au Saguenay-Lac-Saint-Jean. La compagnie aurait en ce sens intérêt à soutenir et à collaborer avec les intervenants qui cherchent depuis plusieurs années à doter la région d'un musée dédié à l'histoire de l'aluminium. Ce serait un bon moyen de démontrer que l'esprit et le nom Alcan ne sont pas définitivement oubliés.

Une page se tourne mais l'histoire qui y était gravée ne doit être oubliée alors que le «A» d'Alcan disparaît, remplacé par le «A» de l'argent et par la dure réalité de l'économie mondiale et des obligations de performances.

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