Les choix

L'Assemblée nationale.... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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L'Assemblée nationale.

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Quand le gouvernement augmente les frais de scolarité, le peuple prend la rue. Quand il hausse les tarifs de garderie, il est traité de tous les noms du monde. Et il ne peut pas toucher non plus aux conditions des prisonniers au risque de se retrouver devant les Nations Unies. Mais qu'il ne baigne plus les aînés vulnérables, ça émeut peu de personnes!

Voilà un raccourci qui frise la démagogie, mais qui décrit tout de même dans quelle société nous vivons! Évidemment, les personnes sensées ajouteront une liste plus exhaustive de choix que le gouvernement devrait réviser avant de laisser installer un fonctionnement contestable et douteux dans les Centres hospitaliers de soins longue durée (CHSLD).

Au cours des dernières semaines, les Québécois ont appris que les «p'tits vieux», trop affaiblis pour être autonomes, sont lavés une fois par semaine et que s'ils en veulent plus, ils doivent compter sur un système tordu où des préposés des CHSLD offrent leurs services au noir pour un lavage, à même les aménagements payés et appartenant aux contribuables. Ce système a été condamné par le ministre Gaétan Barrette, qui permet, toutefois, que des organismes à but non lucratif, comme à Alma, viennent pallier au débordement!

Le coût d'un lavage «de luxe» a été établi à 25$, ce qui peut totaliser 1300$ par année si une personne "exige" un deuxième bain par semaine. Évidemment, les aînés qui en ont les moyens peuvent au moins profiter de ce trafic, mais les autres, encore plus vulnérables, que l'État doit protéger, sont laissés dans une hygiène de base, définie par des normes que tous ceux qui ne vivent pas dans le milieu n'accepteraient pas.

Force est de constater que ce service parallèle sert en quelque sorte le gouvernement qui n'a pas à offrir, lui, un service sur le principe de l'utilisateur-payeur. Il serait mal vu qu'il dispense lui-même un bain de plus moyennant un tarif supplémentaire, ce qui confinerait les aînés à faible revenu à un traitement minimal.

Il faut convenir que l'état des finances publiques requiert des interventions énergiques et même radicales. Mais, jusqu'où la compassion doit-elle être jetée par-dessus bord, surtout quand les victimes n'ont pas les moyens de se défendre? Ça saute aux yeux, l'intérêt et le bien des bénéficiaires se perdent dans la tonitruante des plus forts en gueule et d'un corporatisme déconnecté de la vraie mission d'un réseau de santé.

Il ne s'agit pas de jouer le jeu des groupes d'intérêt, mais peut-on demander au gouvernement, dans un État traditionnellement protecteur, de maintenir une dignité pour les personnes âgées et ne pas les laisser au commerce du lavage au noir, même si ce système arrange les familles plus à l'aise?

À ce titre, la volonté du gouvernement d'augmenter entre 2 et 4% les tarifs d'hébergement pour ceux qui en ont les moyens peut se justifier. Cette mesure, toutefois, doit être gérée avec intelligence et ne s'adresser qu'à ceux qui ont des revenus décents.

Cet état de fait devrait ramener les partis politiques, quels qu'ils soient, à l'essence de la gouvernance et de la gestion des services publics. Au cours des 30 dernières années, ils nous ont habitués à des effets de toge dans le but d'impressionner le peuple. Mais que s'est-il passé pour qu'on en arrive à laisser installer un trafic d'hygiène personnelle? Comme ils ont laissé les recteurs, les mandarins et eux-mêmes s'accorder des conditions de départ qui dépassent l'entendement, non seulement en argent absolu, mais aussi en pourcentage...

La solution n'est pas évidente parce que pour celui qui n'est pas encore dans un CHSLD -qui ne perd rien pour attendre- et qui travaille à la sueur de son front, la portion de sa paie attribuée à la santé a de quoi le rendre malade.

Et s'il n'est pas capable de voir son médecin de famille dans un délai raisonnable tout en payant le service, il ne se rendra même pas au "foyer" !

Oui, les contribuables veulent du travail, du développement économique, du pain et des jeux, une armée et une police efficaces pour les protéger, mais ils veulent aussi un minimum de compassion pour les aînés.

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