Un appui à contre-sens...

Le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault.... ((Archives Le Quotidien))

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Le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault.

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Le ralliement surprise de Sylvain Gaudreault à Pierre Karl Péladeau, dans la foulée de la non moins étonnante décision de Bernard Drainville d'abandonner la course à la direction du Parti québécois, démontre à quel point l'homme d'affaires représente, pour plusieurs militants, la dernière cartouche dans l'arsenal en vue de la tenue, dans un avenir prévisible, d'un troisième référendum.

Habile politicien, le député de Jonquière vient cette fois de prendre un pari très risqué, difficile à saisir et qui apparaît contraire à ses valeurs profondes. Un pari qui lui fait perdre des plumes, comme l'ont démontré les réactions particulièrement vives, dans la région, qui ont fusé dès qu'il a confirmé son appui à M. Péladeau. Dans une région aussi syndicaliste, il est impossible d'occulter le passé chargé de PKP en matière de relation de travail, d'autant plus dans un comté comme Jonquière. Sylvain Gaudreault a fait valoir qu'il pourra utiliser son poids et sa crédibilité pour influencer les positions et les décisions du candidat actuellement en tête dans la course à la chefferie du PQ. Des arguments valables. Mais, il demeure que la pilule passe difficilement et qu'elle risque de rester d'autant plus longtemps coincée que celui qui est aujourd'hui le plus sérieux et le plus crédible opposant de M. Péladeau, Alexandre Cloutier, est son voisin, un fier "Bleuet". Et que ce candidat mène une excellente campagne, plus étoffée que ses adversaires et qu'il est en train de rétrécir l'écart... Dans ce contexte, l'appui d'un député d'envergure comme Sylvain Gaudreault aurait donné au clan Cloutier un élan additionnel indéniable. Il aurait renforcé l'image régionaliste et de politicien de conviction du député de Jonquière.

La politique est une affaire de stratégie. Et doublement lors d'une course au leadership. Les coups de sonde démontrent que Pierre Karl Péladeau est en tête des intentions de vote des militants péquistes, et qu'il est le candidat le plus susceptible actuellement de tenir tête à Philippe Couillard en vue des prochaines élections, même si celles-ci auront lieu en 2018 et qu'il affiche un net recul dans les derniers sondages. De même, PKP apparaît comme le candidat le plus souverainiste, le plus en mesure de faire progresser la "cause". Le parti de René Lévesque a longtemps cherché l'homme d'affaires francophone en vue prônant l'indépendance. Même si M. Péladeau n'est pas charismatique, qu'il livre une campagne plutôt terne, qu'il n'est pas un bon orateur, il incarne ce politicien tant recherché. Ce "mirage", comme l'a soutenu Bernard Drainville avant de se rallier... Ce constat explique pourquoi autant de députés et de militants péquistes, pourquoi un ancien chef pragmatique comme Bernard Landry, appuient Pierre Karl Péladeau. Ce constat explique vraisemblablement pourquoi Sylvain Gaudreault parle d'un appui "réaliste" pour motiver un choix à première vue contraire à ses convictions et à sa vision environnementale et économique. Pour de nombreux militants souverainistes, surtout les plus anciens, qui ont vécu de près les défaites de 80 et de 95, PKP représente un dernier grand coup pour raviver la flamme, obtenir un mandat majoritaire et tenir un autre référendum. Ils ne veulent pas rater cette dernière carte. Ni rater leur propre positionnement auprès du futur chef...

Pour Alexandre Cloutier, la volte-face de Bernard Drainville confirme son rôle d'alternative et de refuge pour les "antis-PKP". Il aura le choix de le talonner d'ici à la fin de la course afin de tenter de causer la surprise, quitte à se brouiller avec des collègues. Ou de choisir des attaques mesurées afin de s'assurer de conserver une position plus confortable dans un PQ dirigé par M. Péladeau. Peu importe, il sort gagnant de la course, ne serait-ce qu'aux yeux des médias nationaux. De son côté, Sylvain Gaudreault devra user d'habileté afin de recoller les pots cassés auprès de nombreux électeurs de son comté échaudés par sa décision, mais aussi par ses récentes déclarations controversées concernant le maire Jean Tremblay, qu'il a fort malhabilement comparé à Rob Ford.

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