Les cinq mots de trop

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Cinq mots de trop. Les médias sociaux se sont enflammés. Et le message que voulait faire passer le maire Jean Tremblay, s'est perdu, noyé dans une mer de réactions.

(Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Cinq mots de trop. Les médias sociaux se sont enflammés. Et le message que voulait faire passer le maire Jean Tremblay, s'est perdu, noyé dans une mer de réactions. Hier, le premier citoyen de la capitale régionale a voulu jouer un rôle constructif, un rôle de leader en appelant les travailleurs, les syndicats et les citoyens de la région à s'unir afin de contrer le message négatif véhiculé, a-t-il dit, envers l'industrie forestière, par Greenpeace. Il a voulu défendre les usines de la région et les milliers d'emplois qui en découlent. Au passage, il a aussi voulu inciter la population en général à appuyer les quelques grands projets industriels actuellement en gestation au Saguenay-Lac-Saint-Jean, lesquels font face à divers degrés d'opposition.

La sortie était légitime dans le contexte actuel. La région manque de voix forte, actuellement, pour défendre ses intérêts. Le ton de la capsule était dans le style coloré et incisif du maire, un ton qui plaît ou non, selon qu'on aime ou non le politicien. Ce ton devenu au fil des ans la marque de commerce de Jean Tremblay. Il le sait et il l'utilise en toute connaissance de cause, y compris (et surtout) lorsqu'il est sollicité par des médias de l'extérieur de la région. Les propos du maire de Saguenay se tenaient et pouvaient donc généralement se défendre. Jusqu'à ces cinq mots de trop prononcés à la 54e secondes des 80 que dure la capsule: «les intellectuels de ce monde».

Parce qu'il est habitué des médias et qu'il ne déteste pas la controverse, il était bien difficile de croire que sa langue avait «fourché». Sinon, il n'aurait eu qu'à reprendre le tournage... Il savait donc que sa sortie ferait boule de neige et générerait des réactions. D'ailleurs, en entrevue avec Le Quotidien, il ne s'est pas rétracté.

Jean Tremblay est un grand lecteur. Il est cultivé. Par contre, pour des raisons stratégiques, il s'est toujours tenu loin, dans ses actions et dans ses paroles, du gratin artistique, intellectuel et culturel. Il a toujours préféré paraître comme un élu terre-à-terre, bagarreur, proche du «vrai monde», des «vrais problèmes». Ceux qui sont familiers de son style ont compris qu'hier, dans sa capsule, «les intellectuels de monde» étaient une figure de style, une pointe lancée envers les «penseurs», des grands centres surtout, et envers les militants en tout genre qui «chialent beaucoup» mais qui ne sont pas sur le «terrain», ce qu'il a confirmé en entrevue par la suite en indiquant qu'il visait uniquement Greenpeace hier.

«le médium, c'est le message»

Le mal est tout de même fait parce que, comme le disait Marshall McLuhan, grand théoricien de la communication, «le médium, c'est le message». Dans le cas de Jean Tremblay, cela signifie que chacune de ses sorties est vouée à être prise au premier degré, qu'elle soit pertinente ou non, articulée ou non, que ses arguments soient solides ou non. Jean Tremblay est dépassé par l'image de Jean Tremblay...

Hier, le maire a poussé le bouchon trop loin. Sa stratégie de communication l'a desservi et a desservi la cause légitime qu'il souhaitait défendre. C'est dommage. Le maire aurait du reste intérêt, de toute façon, à changer son discours envers les milieux intellectuel et culturel en général. Ne serait-ce que parce que Saguenay compte une université et deux cégeps sur son territoire, sans compter les centres de recherche, notamment en aluminium, qui lui assure un rayonnement important au sein de cette industrie et des emplois précieux. Et parce que le maire lui-même sait pertinemment bien que le développement économique de la ville passe par la recherche et par l'innovation. Donc, par ces fameux intellectuels. Ce que la sortie d'hier et l'ampleur des réactions démontrent, d'autre part, c'est que cette stratégie déployée par Jean Tremblay qui vise à marquer les esprits par des propos-chocs est contre-productive quand elle n'est pas soigneusement planifiée.

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