Une stratégie pour les régions

Philippe Couillard... (PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE)

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Philippe Couillard

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Même si elle a été sévèrement et unanimement condamnée par la classe politique en général et par le premier ministre Couillard en particulier, et même si elle a rapidement fait l'objet d'une rétractation, la controversée proposition du Conseil du patronat du Québec (CPQ) formulée la semaine dernière démontre toute l'importance pour les régions du Québec de se mobiliser et de faire front commun afin de défendre leurs intérêts.

En substance, le CPQ a soutenu qu'une partie des fonds dédiés par le gouvernement en matière d'aide aux régions serait mieux utilisée si elle servait à déplacer les populations résidant dans des milieux dévitalisés plutôt qu'à servir à soutenir les collectivités en difficulté. Un raisonnement à courte vue qui peut sembler défendable sur papier, et qui a déjà été avancé dans les années 60 (!), mais qui ne résiste pas à une analyse rigoureuse. Surtout, un raisonnement qui démontre comment, encore en 2015, un gouffre d'incompréhension sépare encore les grands centres et les régions en matière de développement économique et de stratégies d'occupation du territoire. Un État, surtout aussi vaste que le Québec, qui accepterait littéralement de fermer ses régions et de déplacer ses citoyens plutôt que de chercher à générer des activités économiques, à dynamiser l'espace et à maximiser les retombées générées par l'exploitation des ressources naturelles enverrait un bien curieux message! Ce qui ne veut pas dire non plus que le gouvernement doit injecter "artificiellement" et n'importe comment des dizaines de millions dans toutes les collectivités dévitalisées du Québec, on le conçoit bien. Tout est question de bon sens.

C'est dans ce contexte que l'on doit comprendre l'essence du mouvement «Touche pas à mes régions!». L'appellation du mouvement est peut-être, comme l'a lancé le maire de Saguenay, Jean Tremblay, mal choisie parce qu'effectivement, les régions ont besoin de l'aide et de gestes concrets de la part de Québec. Néanmoins, le mouvement est pertinent et il devrait toujours susciter l'adhésion d'élus et de représentants du milieu socioéconomique saguenéen et jeannois justement parce qu'il peut et doit servir de véhicule pour inscrire les préoccupations, les réalités et les enjeux propres aux régions excentrées sur l'écran radar. Cette coalition peut faire contrepoids aux arguments, aux perceptions et aux discours parfois déconnectés du terrain qui circulent dans la métropole et dans la capitale québécoise au sujet du «Reste du Québec»... Et qu'elle peut servir de levier pour, justement, proposer des solutions gagnantes et efficaces pour assurer le développement des régions.

D'ailleurs, c'est dans la qualité, la pertinence et l'originalité des mesures proposées par des mouvements comme «Touche pas à mes régions» que résident leur crédibilité et leur poids au sein de l'opinion publique. Ces organismes ne pourront se contenter de dénoncer les mesures mises de l'avant par le gouvernement. Celui-ci, de toute façon, ne fera visiblement pas marche arrière concernant l'abolition des CRÉ, la réorganisation des CLD ou les coupes dans plusieurs programmes destinés aux régions ou aux territoires dévitalisés...

Par contre, il est possible, même nécessaire, de suggérer de nouveaux programmes et de nouvelles approches. Possible d'obtenir, même dans le contexte économique actuel, la mise en place d'une nouvelle stratégie de soutien des régions, avec de nouveaux outils... Déjà, en relançant le programme de minicentrales hydroélectriques et en se montrant ouvert à permettre aux régions de toucher davantage de redevances tirées de l'exploitation des ressources naturelles, le gouvernement a posé des jalons intéressants en vue d'une nouvelle approche en matière de développement. Voilà qui peut servir de point de départ à une réflexion constructive. Et à contrecarrer des propositions contraires aux intérêts des régions.

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