Une inquiétante apathie régionale

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard.... (Archives La Presse)

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Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard.

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François Saint-Gelais
Le Quotidien

(Chicoutimi) Le Saguenay-Lac-Saint-Jean a-t-il perdu sa légendaire, et nécessaire, combativité? Il est inadmissible et même inquiétant que les élites politiques d'ici n'aient pas encore joint officiellement leurs voix à leurs collègues des sept autres régions ressources du Québec membres de la Coalition «Touche pas à mes régions».

Il fut un temps, pas si éloigné, où le «Royaume» aurait été au coeur d'une telle initiative afin de défendre ses intérêts d'abord, et ceux des autres régions excentrées ensuite, contre vents et marées. La tergiversation et le peu d'enthousiasme des élus, et notamment de la Conférence régionale des élus, envers l'initiative de la coalition, envoient un mauvais signal quant au dynamisme du Saguenay-Lac-Saint-Jean à un moment, justement, où la région doit se mobiliser et réfléchir à l'avenir dans un contexte de bouleversements économique, social et politique importants. Dans ces circonstances, ne serait-ce que de donner l'impression de baisser les bras devant l'adversité est inconcevable.

Entre les branches, on mentionne que le fait que le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, réside dans la région et représente le comté de Roberval, incite certains élus à réfréner leurs ardeurs. Si tel est le cas, il s'agit d'un mauvais calcul. Que le premier ministre soit bien au fait des réalités d'ici peut permettre de faire avancer des projets et des dossiers critiques pour la région plus facilement. Ce fut vraisemblablement le cas dans le dossier des précuites de Jonquière. Mais cela ne signifie pas pour autant que la région doive cesser de se préoccuper de ses intérêts, de défendre avec vigueur ses revendications et de chercher à influencer les décisions du gouvernement lorsqu'il est nécessaire de le faire. Tout est dans la manière et dans les outils utilisés. Pour être efficace, la démarche entreprise par la coalition doit compter d'une part sur l'ensemble des régions ressources, et d'autre part s'assurer d'être le plus apolitique et le plus non partisan possible. On peut dénoncer un gouvernement sans nécessairement adopter les lignes d'un quelconque parti! Ce qui constitue encore le meilleur moyen pour faire passer un message puissant.

L'existence d'une telle coalition organisée et bien visible aurait peut-être permis, par exemple, il y a quelques années, de renverser la décision de Québec à l'effet de faire disparaître les crédits d'impôt et les avantages fiscaux consentis aux régions éloignées. Une position, faut-il le rappeler, défendue avec force par une coalition très visible et puissante regroupant les régions centrales du Québec.

Contrepoids

C'est d'ailleurs ce genre de dossiers structurés et structurants que doivent chercher à défendre les membres de la coalition «Touche pas à mes régions». Le mouvement doit viser à replacer les régions sur le collimateur du gouvernement, à faire contrepoids aux maires de Québec et Montréal, qui occupent beaucoup d'espace et dont les projets grugent beaucoup de fonds publics, à faire contrepoids aussi aux membres influents du conseil des ministres actuels qui proviennent des grands centres. Ils doivent rappeler, comme ils ont commencé à le faire, que les régions ressources regroupent plus de la moitié des citoyens du Québec, qu'ils produisent l'énergie qui chauffe et éclaire les tours à bureaux de la métropole, qu'ils produisent les ressources naturelles sources d'emplois directs dans les grands centres... L'objectif plus large de la coalition doit viser à replacer l'occupation du territoire et le développement des régions parmi les grandes priorités de l'État, avec les programmes, les fonds et les stratégies qui doivent logiquement en découler. Parce que le développement régional, qui procure d'énormes richesses à l'ensemble du Québec, a besoin d'un soutien structuré. Une cible qui dépasse largement la seule question de la survie des CRÉ et des CLD et où la région a un leadership clé à assumer.

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