Saguenay: une grosse bouchée

La proposition du maire de Saguenay, Jean Tremblay,... ((Archives))

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La proposition du maire de Saguenay, Jean Tremblay, de diminuer de sept le nombre d'élus à la table du conseil représente une très grosse bouchée à digérer pour les citoyens et les conseillers.

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(Chicoutimi) La proposition du maire de Saguenay, Jean Tremblay, de diminuer de sept le nombre d'élus à la table du conseil représente une très grosse bouchée à digérer pour les citoyens et les conseillers. Plus de dix ans après la formation de la ville, toutefois, cette suggestion est fondée. Car, effectivement, celle-ci est rendue à cette étape de son existence.

La refonte de la carte électorale de la ville représente un défi sensible et très émotif. Particulièrement dans le contexte où une opposition structurée est présente au conseil. Aussi en raison de l'austérité budgétaire qui marque le Québec et qui se traduira, sans doute de façon nette, dans le budget qui sera déposé aujourd'hui à Saguenay.

La manière avec laquelle le maire Tremblay pilotera cette réforme sera donc cruciale. Bien que cela ne soit pas dans sa nature politique profonde, ce dernier aurait intérêt à agir sans précipitation, en consultant l'ensemble des élus, les citoyens et des experts de la question afin de valider le nombre de postes coupés, soit sept, et de redéfinir une nouvelle carte électorale qui soit démocratique, représentative mais aussi respectueuse des particularités de Saguenay. Une ville qui couvre un très grand territoire, peu densément peuplé et qui présente trois pôles urbains bien distincts dotés de leurs propres «banlieues». L'affaire ne doit donc pas devenir une occasion de faire de la politique mais plutôt servir de tremplin pour mieux servir la Politique municipale avec un grand «P».

Les principes mêmes de la démocratie seront mieux respectés dans la capitale régionale si celle-ci compte un plus petit nombre de districts, homogènes en terme de nombre de citoyens représentés. Actuellement, les disparités sont importantes à Saguenay en cette matière alors que certains échevins des quartiers principaux de Chicoutimi ou de Jonquière représentent jusqu'à quatre fois plus de citoyens que leurs collègues des secteurs de Shipshaw, de Laterrière ou de Lac-Kénogami, par exemple, et ce avec les mêmes traitements et enveloppes discrétionnaires.

D'ailleurs, selon les normes édictées dans la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités, Saguenay devait normalement compter quatre conseillers de moins, et ce depuis les élections municipales de novembre 2013. La ville avait cependant obtenu la permission de Québec, d'abord dans la foulée de la fusion puis avant le dernier scrutin, de conserver le statu quo. Cela pouvait se comprendre. Cette approche a permis de ménager les susceptibilités locales, d'assurer une transition politique plus harmonieuse, de préserver les réalités sociales et communautaires dans les districts des anciennes municipalités intégrées dans le grand creuset de Saguenay.

Mais, cette période de transition devait effectivement prendre fin et, effectivement, le contexte budgétaire serré fournit l'occasion pour ce faire. Parce que la réforme permettra l'économie, selon des calculs rapides, plusieurs centaines de milliers de dollars en salaires et en dépenses directes, et ce sur une base annuelle. Des sommes appréciables.

Sur un plan plus «politico-politique», on peut certes croire que cette subite décision du maire Tremblay dans ce dossier constitue une forme de stratégie politique, une manière d'affaiblir l'opposition. Il est vrai que l'ERD a fait élire une de ses deux représentantes dans le district de Lac-Kénogami. Et qu'une conseillère indépendante, Julie Dufour, a battu dans Shipshaw l'un des proches de longue date de Jean Tremblay, Fabien Hovington.

Cependant, la refonte de la carte électorale de Saguenay va au-delà de cette seule considération politique. Car elle signifiera aussi la disparition et l'intégration de fiefs où siègent des échevins qui font partie depuis longtemps de la garde rapprochée du premier citoyen de la capitale régionale. Citons le grand argentier de Saguenay, Jean-Yves Provencher, dans Canton-Tremblay, ou encore Luc Blackburn à Laterrière. Les motivations économiques pèsent donc réellement très lourd dans cette décision.

La refonte de la carte électorale de la capitale régionale constitue une étape obligée, nécessaire et cruciale pour jeter les bases de l'organisation socioéconomique de la ville de demain et se conformer aux exigences légales. Compte tenu de son importance, l'exercice doit impérativement se faire dans un climat serein propice à la réflexion et aux échanges constructifs. Un gros défi en perspective pour lequel, souhaitons-le, les élus de Saguenay sauront se montrer à la hauteur des enjeux.

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