Une mauvaise décision !

Québec ne construira pas de bloc cellulaire au... ((Photo Rocket Lavoie))

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Québec ne construira pas de bloc cellulaire au Saguenay pour minimiser l'impact de la fermeture de la Prison de Chicoutimi, a soutenu vendredi le premier ministre Philippe Couillard.

(Photo Rocket Lavoie)

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(Chicoutimi) Le cabinet Couillard prend une mauvaise décision en annulant le projet de construction du bloc cellulaire adjacent au Palais de justice de Chicoutimi, tel que planifié par le précédent gouvernement Marois sous l'égide de son président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard.

À première vue, dans le contexte d'austérité, cette volte-face confirmée par le premier ministre en exclusivité au Quotidien, peut sembler sensée, apparaître comme une économie de 20 M$. Mais l'argent sera probablement injecté ailleurs. Et l'économie présumée sera vite effacée par les importants coûts collatéraux générés par cette décision.

D'une part, les coûts engendrés par le transport des détenus et des prévenus devant comparaître à Chicoutimi à partir de Roberval seront majeurs. Dans plusieurs cas, ces prévenus, dans le cadre, des procédures judiciaires, devront être transportés matin et soir pendant plusieurs jours consécutifs entre les deux villes. Il faudra donc prévoir plusieurs véhicules et plusieurs agents correctionnels additionnels sur les routes. Sans compter les importantes émissions de gaz à effet de serre qui découleront de ce va-et-vient. Ces mêmes considérations s'appliquent dans le cas des procureurs qui devront aussi, vraisemblablement, multiplier les déplacements inutiles.

L'absence d'un bloc cellulaire destiné aux prévenus à Chicoutimi, où se trouve le Palais de justice le plus occupé, en alourdissant les conditions de transport et de comparution et en compliquant la tâche des avocats, risque donc d'alourdir le fonctionnement des procès et des procédures. Ne serait-ce que parce que l'hiver, il est à prévoir que les accusés et les détenus arrivent en retard en raison des conditions climatiques notoirement souvent très difficiles dans le secteur de la plaine d'Hébertville, voire qu'ils n'arrivent pas du tout. Ces délais, évidemment, auront des impacts coûteux sur l'administration de la justice.

Dans un autre registre, la présence d'un bloc cellulaire à Chicoutimi permettait de limiter les impacts de l'ouverture de la prison de Roberval sur les agents correctionnels de la région, dont plusieurs auront à déménager sous peu, avec leur famille, à Roberval, et sur les individus condamnés à purger des peines la fin de semaine. Ces détenus atypiques devront ainsi s'organiser pour se rendre dans la cité riveraine. Selon le point de vue où l'on considère cette question, ce n'est pas un problème dans la mesure où elle constitue une partie de la peine à subir! Sauf qu'ils émettront aussi leur part de CO2!

Tous ces éléments problématiques, découlant de la décision prise par le gouvernement libéral de Jean Charest d'ériger à Roberval le centre de détention principal du Saguenay-Lac-Saint-Jean, trouvaient des solutions pratiques et efficaces dans le plan préparé et budgété par le gouvernement Marois. La solution concoctée par Stéphane Bédard, après consultation de tous les intervenants concernés, était complémentaire au projet de prison de Roberval, et ses coûts étaient très raisonnables.

Il est déplorable que le gouvernement Couillard ait décidé de la reléguer sèchement aux oubliettes. D'autant plus que l'argument évoqué par le premier ministre à l'effet que les nouveaux critères appliqués par le ministère de la Justice pour diminuer les risques d'évasion ont joué un rôle dans cette décision tient difficilement la route. Il aurait sans doute été possible de modifier facilement et à moindres coûts les plans du bloc cellulaire de Chicoutimi afin de tenir compte de ces nouvelles exigences...

Lors de l'annonce de la construction du centre de détention régional à Roberval, le ministre de la Justice de l'époque, Jacques Dupuis, avait clairement indiqué qu'il s'agissait d'un choix politique motivé par la volonté du gouvernement de générer des retombées économiques au Lac-Saint-Jean. Ces motivations étaient nettes. Elles se défendaient et elles se défendent encore. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean forme une seule entité et des entrepreneurs et des travailleurs de partout de la région ont profité et profiteront encore des retombées engendrées par l'établissement robervalois.

Il n'empêche que cette décision avait, a et aura des conséquences importantes sur les finances publiques québécoises et sur le bon fonctionnement de la justice dans la région. C'est pourquoi la décision du gouvernement de saborder le projet de bloc cellulaire de Chicoutimi constitue une mauvaise décision, une décision malheureusement à courte vue, parce que ce bloc cellulaire palliait justement ces problèmes, et ce à moindres coûts.

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