Plan Nord: occasion ratée

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(Chicoutimi) En établissant le siège social de la Société du Plan Nord dans la Vieille capitale plutôt que dans une région ressource, le gouvernement du Québec rate une belle occasion de poser un geste concret et d'envoyer un puissant message en faveur de la décentralisation des pouvoirs. Et ce même si des antennes de l'organisme seront établies dans différents points du Québec, notamment ici, au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

La loi instituant officiellement la Société, adoptée jeudi à l'Assemblée nationale, confirme que l'organisme, qui devrait à terme compter une cinquantaine de fonctionnaires, sera comme indiqué initialement, implanté à Québec. Des équipes seront toutefois disséminées en divers points, notamment sur la Côte-Nord et sur le territoire de la Baie-James. Cette stratégie n'est cependant pas suffisante.

Recul

D'abord parce qu'il s'agit d'un recul. À l'époque où la création de cette structure a été dévoilée par le gouvernement Charest, il a été mentionné que son siège social serait implanté en bonne et due forme dans une région ressource, donc directement, au coeur du Plan Nord, vraisemblablement sur la Côte-Nord.

Ensuite parce que cette décision est contraire aux déclarations, aux discours et aux messages que tentent d'envoyer, depuis plusieurs semaines, les principaux ministres du cabinet Couillard, à l'effet que la vaste réorganisation de l'État québécois ne constitue pas une attaque envers les régions mais représente plutôt une occasion pour ces dernières d'obtenir de nouveaux pouvoirs et de nouveaux outils de développement, plus collés à leurs besoins et à leurs réalités.

Aussi parce que le geste est plutôt illogique. Si le gouvernement décidait de mettre en place un organisme dédié à la promotion et au développement économique du Sud, il ne viendrait pas à l'esprit de Québec de l'implanter à Chibougamau, avec une antenne en banlieue de Montréal... L'organisme serait évidemment installé au coeur même du territoire visé, là où son personnel dirigeant pourrait prendre directement le pouls du terrain, mieux saisir les enjeux et les préoccupations qui ont cours au sein de la population; là où les ressources naturelles, humaines et techniques sont justement exploitées et déployées.

Enfin, parce que même si des équipes sont effectivement basées dans certaines régions excentrées, il reste que la majorité des emplois de qualité générés par la Société du Plan Nord leur échappera, avec leurs retombées directes et indirectes intéressantes qui en découlent. Pour ces régions, ces retombées sont cruciales, surtout dans le contexte économique actuel et compte tenu de la nature cyclique des activités engendrées par l'exploitation des ressources du nord. D'autant plus qu'il faudra voir, à l'usage, quelles ressources et quels outils seront concrètement dévolus aux antennes régionales de la Société du Plan Nord. Si celles-ci demeurent des coquilles vides sans moyen d'action, la pilule sera d'autant plus difficile à avaler dans les régions. Et dans notre région...

L'expérience du Bureau du Forestier en chef à Roberval a démontré qu'il était possible d'implanter des services gouvernementaux et des fonctionnaires hors des grands centres. Elle a démontré, cependant, que ce n'est pas une chose aisée, qui coule de source, comme le veut l'expression consacrée. Qu'il faut donc pour l'État y mettre beaucoup de volonté et d'huile de bras. Surtout lorsqu'il faut déplacer des travailleurs déjà à l'oeuvre au sein de la fonction publique comme c'est le cas dans ce dossier. Mais, cela peut fonctionner et peut donner des résultats.

La création d'un nouvel organisme comme la Société du Plan Nord donnait à Québec l'occasion de poser un geste sans équivoque envers les régions, en matière de décentralisation et de déconcentration des pouvoirs. La question est aujourd'hui de savoir s'il est encore possible de corriger le tir malgré l'adoption du projet de Loi 11, notamment en octroyant aux antennes de la Société du Plan Nord de réels moyens d'action, et de «vrais» fonctionnaires... Voire même en osant déplacer éventuellement le siège social vers une région ressource... Ce qui constituerait une forme de coup d'éclat, dans les circonstances, pour le gouvernement Couillard. Et ferait, un peu, oublier le fait que l'Institut nordique du Québec soit d'abord le fruit d'universités aussi bien implantées, d'abord, dans les grands centres...

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