Le hockey mineur...

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Isabel Brochu
Le Quotidien

(Chicoutimi) Je peux difficilement nommer cinq joueurs de hockey sans remonter à l'époque de Ken Dryden. Je mélange le nom d'une équipe et sa ville. Je ne saisis pas les règles des hors-jeu. L'industrie du hockey heurte mes valeurs. Malgré tout, je passe plusieurs heures dans les arénas pour encourager mon garçon. Théoriquement, le hockey est un beau sport, un jeu stimulant et un lieu d'apprentissage extraordinaire. Il est aussi la quintessence de l'expression «gérant d'estrade». J'ai donc lu avec attention «Le petit guide du hockey mineur pour parents avertis» écrit par Mathias Brunet (que je ne connaissais pas, évidemment). Morceaux choisis d'une mère inculte.

Résistance parentale

Mon fils a commencé le hockey après cinq ans de résistance parentale nourrie par les rumeurs sur la violence, le coût prohibitif et les «parents fous». Brunet reprend ces thèmes en ajoutant quelques bons conseils sur la nutrition et les entraînements. Sa présentation des parents est réaliste et interpellent tous les profils: orgueilleux, mauvais perdants, experts improvisés, fous, surprotecteurs, «accro de la trompette», bien-intentionnés. Des propos valables pour la parenté élargie. Pour résumer, disons que le détachement doit devenir le mantra du parent: vous n'êtes pas votre enfant. Laissez-le perdre, gagner, s'amuser, se tromper, être déçu, avoir du plaisir, être puni, être expulsé tout en l'encourageant. Soyez en mesure d'identifier vos blessures narcissiques sans les faire subir à votre jeune. Si votre estime passe par le succès de votre enfant sur la glace, si vous revivez à travers lui un rêve raté, il y a un problème. Et surtout, pour le meilleur et le pire, laissez les entraîneurs faire leur travail.

Je déteste les parties trop inégales et les blanchissages humiliants. Je n'oublie jamais que l'autre équipe se compose aussi de jeunes. J'ai donc apprécié la brève partie où Brunet aborde l'éthique sportive (sans la nommer). Il y a le vaincu et, trop souvent, l'indifférence des vainqueurs. Dans leur bulle, parents et joueurs oublient ceux qui perdent une partie difficile. Pourquoi hurler à chaque but si le pointage est de 6-0 ? Pourquoi ne pas applaudir l'adversaire, qu'il soit vaincu ou non? Pourquoi ne pas saluer leurs bons coups ? Une belle approche qui n'est pas suffisamment valorisée sur la glace et dans les estrades.

Culture

Plusieurs affirment que la culture du hockey est ainsi, depuis toujours. Pourquoi ? Parce que, comme le dit Marc-Simon Drouin, un psychologue interviewé dans le livre: «ce n'est pas nécessairement dans la culture du hockey de comprendre, d'expliquer et de communiquer». Il devient difficile d'amorcer des changements. Cette réalité saute aux yeux de la mère inculte qui pose un regard neuf exempt de vieux clichés et certitudes. La structure du hockey mineur peut améliorer ses communications, être plus consultative. Il y a peu (jamais ?) de rencontres de parents dont l'objectif est d'accueillir les questions, inconforts ou malaises. Est-il possible que le déni des frustrations des parents contribue à la mauvaise réputation de ce sport ? Quel est le niveau de confiance des parents envers l'organisation ? Les sujets de réflexion ne manquent pas et, dans ma belle naïveté, j'y vois l'occasion de redonner du crédit à ce sport.

Le livre incite à l'auto-critique. Il y a de la matière pour tout le monde. Y compris moi, la bien-intentionnée. Même les bonnes intentions ont des impacts insoupçonnés chez un jeune en pleine construction de son estime, de son identité. On peut blesser un enfant sans le vouloir, par maladresse ou manque de connaissances. Je conseille ce livre à ceux qui souhaitent que le hockey soit un lieu d'apprentissage pour les enfants, entraîneurs, parents, bénévoles. Une lecture indispensable pour ceux qui croient tout comprendre. Un dernier conseil de Brunet, que je dédie particulièrement aux pères. «Les parents doivent encourager, aimer, remonter le moral et, dans un monde idéal, parler de tout sauf du hockey». Pas facile celui-là. Je vous entends déjà râler. Bonne saison de hockey.

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