Fatima doit faire réfléchir

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L'église Fatima se rapproche de la démolition. Le ministère de la Culture et des Communications suit le dossier de près. De son côté, l'organisme sans but lucratif Docomomo qui veille à la sauvegarde du patrimoine juge qu'il est trop tard.

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François Saint-Gelais
Le Quotidien

(Chicoutimi) Au travers de l'épineux dossier de la préservation ou de la démolition de l'église Fatima de Jonquière, c'est le président de l'arrondissement de La Baie, François Tremblay, qui a soulevé la piste de réflexion la plus constructive et sans doute la plus porteuse à long terme.

Par le biais d'une lettre ouverte publiée en ces pages au début du mois, le conseiller municipal a soutenu que les élus et les présidents des conseils de fabrique des paroisses de Saguenay auraient avantage à amorcer des discussions afin d'identifier les églises les plus susceptibles d'être désacralisées, celles qui devraient continuer dans un avenir prévisible à servir de lieu de culte et celles les plus aptes à être préservées, récupérées, rénovées, ou réutilisées dans une autre vocation par Saguenay ou d'autres promoteurs privés.

Prévoir

Alors que la baisse démographique et que la diminution du nombre de pratiquants se poursuit, une telle réflexion collective est essentielle. Comme le dossier de l'église Fatima le démontre très bien, régler le sort d'un bâtiment religieux, à la pièce, dans l'urgence et dans l'émotion, une fois que ce dernier est désacralisé, vide et que tout entretien a cessé, ne constitue pas une option gagnante. Il vaut mieux, donc, en cette matière, prévoir les coups et établir une stratégie cohérente de préservation des bâtiments qui mériteront de l'être. Et commencer, dès maintenant, à réfléchir calmement aux possibilités de conversion des églises susceptibles d'avoir une deuxième vocation ou qui présentent un intérêt patrimonial et culturel certain. D'autant plus qu'une telle démarche plus posée faciliterait sans doute l'obtention de fonds et de subventions, au besoin, auprès des différents paliers de gouvernements, voire auprès de la population... Un aspect crucial de la question dans un contexte où, au cours des prochaines années, il est à prévoir que les fonds publics destinés à de telles initiatives continueront d'être très rares.

Il est clair que toutes les églises de Saguenay ne pourront être préservées intégralement. Même le maire Jean Tremblay, hier, l'a admis dans nos pages. Certaines mériteront de l'être et sans doute devront l'être. D'autres pourront plus facilement être reconverties avec succès. À Saguenay, déjà plusieurs lieux de culte l'ont été. Mais, il faudra accepter que d'autres disparaîtront du paysage.

Dans le cas très concret de l'église Fatima, les experts de la question s'entendent pour affirmer que le bâtiment présentait des caractéristiques patrimoniales, architecturales et historiques qui militaient en faveur de son maintien. Or, selon plusieurs experts, justement, il est malheureusement trop tard pour sauver le bâtiment.

Notamment, Lucie K. Morisset, professeur titulaire du département d'études urbaines et touristiques de l'École des sciences de la gestion de l'UQAM, qui a beaucoup étudié les réalités liées à l'architecture régionale, a affirmé en nos pages qu'il était trop tard pour Fatima. Par contre, cette dernière a attaché le grelot en soulignant que l'église Saint-Raphaël, elle, pouvait encore être préservée à condition de s'y donner la peine...

Même son de cloche, d'ailleurs, de la part de l'organisme Docomomo Québec, voué à la sauvegarde du patrimoine architectural moderne du Québec, qui a également soutenu dans le Progrès-Dimanche qu'il était trop tard pour préserver ce «joyau de l'architecture contemporaine».

Toutefois, l'organisme a du coup exhorté Saguenay à cibler davantage ses efforts en matière de préservation du patrimoine, une sortie qui rejoint la réflexion amorcée par le conseiller François Tremblay car cette réflexion vise à affiner et à rendre plus efficace la décision prise par Saguenay, en 2006, d'octroyer un statut culturel particulier à 19 églises de son territoire mais sans vraiment donner de suite concrète à ce geste, manifestement trop large.

Dans le cas de l'église Fatima, seule l'intervention du ministère de la Culture pourrait, à l'heure actuelle, sauver le bâtiment de la démolition en le classant sous la protection de la Loi sur le patrimoine culturel. Mais, si Québec décide de s'impliquer dans ce dossier, pour lequel milite le député de Jonquière Sylvain Gaudreault, il faudra que cela s'accompagne d'une enveloppe financière très conséquente...

Devant la tournure des événements, le meilleur moyen de rendre hommage à l'église Fatima consiste vraisemblablement, pour Saguenay, à prendre des moyens concrets et à adopter une politique cohérente pour éviter que d'autres bâtiments vraiment exceptionnels ne connaissent le même sort qu'elle...

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