Des coupes qui ratent la cible

La protection du caribou forestier est au coeur... (Photo Bill Quayle, archives La Presse Canadienne)

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La protection du caribou forestier est au coeur d'un différent.

Photo Bill Quayle, archives La Presse Canadienne

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François Saint-Gelais
Le Quotidien

(Chicoutimi) Nouveau ballon politique ou décision officielle irrévocable? Selon des informations obtenues par La Presse publiées hier dans Le Quotidien, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) a décidé de geler au moins jusqu'en avril 2015 les budgets d'activités des tables québécoises qui étudient les plans de rétablissement de 29 espèces menacées ou considérées comme vulnérables, comme le caribou forestier et le bar rayé, deux espèces qui évoluent sur le territoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Cette décision s'inscrit dans la foulée des travaux de révision des dépenses du gouvernement lancés sous l'égide du Conseil du trésor. Au total, ces 14 tables de concertation disposent d'un budget annuel de 140 000$...

ImageEn période d'austérité, et encore plus compte tenu de l'état précaire des finances publiques du Québec, il est vrai qu'il n'y a pas de petites économies et que chaque geste est important. Par contre, le MFFP fait fausse route en gelant ainsi les activités de ses tables de rétablissement. Le message envoyé est particulièrement dévastateur pour l'image écologique du Québec, notamment sur la scène internationale.

Cela est particulièrement vrai dans le cas du caribou forestier, dont le statut fait l'objet d'une intense controverse depuis quelques années. La protection de cette espèce figure au coeur des préoccupations et des obligations du gouvernement du Québec, notamment en ce qui a trait au respect des critères liés aux différentes certifications que doit obtenir l'industrie forestière pour pouvoir écouler ses produits sur les marchés internationaux. L'équipe de rétablissement qui s'occupe de cette espèce devait justement déposer d'ici la fin de l'année une stratégie pour préserver les cheptels qui évoluent au nord du territoire québécois.

Difficile, dans un contexte où le budget de la table est gelé, de savoir ce qu'il adviendra du document et de ses recommandations. Or, il est impératif pour les acteurs de l'industrie forestière de savoir à quoi s'en tenir, une fois pour toute, concernant la protection du caribou forestier. Car, il est clair depuis longtemps que des mesures doivent être mises de l'avant pour préserver les troupeaux, et que ces mesures sont susceptibles d'avoir des impacts sur certains territoires de récolte de bois. Or, l'incertitude concernant ces mesures est néfaste et doit être dissipée une fois pour toute. Il est clair, aussi, que les chercheurs doivent continuer à pouvoir étudier de près les cheptels afin de documenter l'évolution de l'espèce et des troupeaux, à une période où les changements climatiques pèsent de plus en plus lourd dans l'équation.

Campagne

La décision du ministère des Forêts tombe d'autant plus mal que le gouvernement du Québec a entrepris une campagne de sensibilisation à l'échelle internationale afin de promouvoir les pratiques plus vertes et plus respectueuses de l'industrie forestière. Le message envoyé par ces coupes est absolument contraire à l'objectif visé... C'est un mauvais signal et bien des dommages potentiels sont prévisibles à moyen et à long terme, eu égard à l'ampleur de la somme économisée.

Comme l'a d'ailleurs souligné par le biais d'un communiqué de presse l'organisme Nature Québec, la décision du MFFP entache effectivement la crédibilité du Québec en matière de protection de l'environnement. Pourtant, au cours des dernières années, beaucoup d'emphase a été mis par les différents gouvernements afin de positionner la province à titre de leader en ce domaine. De plus, en matière de préservation des espèces menacées ou vulnérables, tout retard dans la mise en place des stratégies de préservation peut avoir des conséquences importantes, voire fatales pour ces dernières.

Bref, s'il est clair que Québec doit sabrer dans ses dépenses et poser des gestes énergiques afin de ramener l'équilibre dans les finances publiques, il apparaît tout aussi clair que la décision de geler les budgets dévolus aux tables de rétablissement des espèces vulnérables ne constitue pas une bonne piste de solution en ce sens.

Compte tenu des enjeux soulevés notamment en regard de l'industrie forestière, Québec devrait faire marche arrière. Dans la même veine, Québec devrait aussi s'interroger sérieusement sur la pertinence de ne pas renouveler le financement dévolu au Fonds de recherche forestière régional. Couper dans les sommes octroyées à l'innovation constitue rarement un geste porteur d'avenir, encore moins dans le cas d'un industrie en pleine période de chambardements.

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