Considérer la forêt autrement

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François Saint-Gelais
Le Quotidien

(Chicoutimi) Pendant qu'un coup dur frappe la machine numéro 14 de la papetière de Produits forestiers Résolu à Alma, l'exemple de la Coopérative forestière de Ferland-Boilleau démontre qu'il y a un avenir et de l'espoir, quand même, pour cette industrie. À condition d'innover, de sortir des sentiers battus et de considérer la forêt différemment.

La coop du Bas-Saguenay, qui a célébré l'an dernier son 50e anniversaire, a entrepris d'occuper un nouveau créneau prometteur: celui de la récolte d'if. L'objectif, tel que rapporté en exclusivité mardi en nos pages, consiste à produire 30 tonnes de poudre tirée des pousses de cet arbuste boréal, poudre qui sera acheminée en Inde où elle servira de composé dans la fabrication d'un médicament contre le cancer.

Cette nouvelle activité s'inscrit dans le cadre des opérations du Centre de valorisation des ressources forestières de la coopérative, une division qui vise à produire de la biomasse mais aussi la production d'huile essentielle et de divers composés issus de la forêt boréale.

Grâce aux activités de ce centre, l'entreprise peut ainsi se diversifier et maximiser les retombées de ses opérations plus traditionnelles.

Le travail accompli à Ferland-et-Boilleau est complémentaire à celui effectué par les chercheurs de pointe du Laboratoire d'analyse et de séparation des essences végétales (LASEVE) de l'UQAC, qui tentent d'identifier des molécules qui pourraient également être employées pour combattre différents types de cancer. Les travaux supervisés par les chercheurs André Pichette et Jean Legault sont également très prometteurs.

Outre le cancer, les activités du LASEVE ont conduit à des percées utilisées aujourd'hui notamment par la compagnie Lise Wathier utilisant les propriétés «anti-âge» du thé du Labrador. Des recherches sont aussi en cours dans les laboratoires à partir de différentes sortes de champignons abondants dans les forêts de la région. Dans le Haut du Lac, justement, la Coopérative de Girardville, qui connaît une période délicate, s'est donnée comme objectif, parmi ses autres vocations, de créer une gamme de produits culinaires mettant en valeur toute les saveurs de la boréalie... À Saint-Félicien, PFR est partenaire d'un important projet de serres chauffées à partir de la biomasse.

Potentiel

Toutes ces initiatives, qui démontrent l'ampleur du potentiel que l'industrie peut tirer de la forêt boréale, doivent être appuyées, soutenues à leur juste valeur et fortement médiatisées.

Employées éventuellement à une grande échelle, ces utilisations et ces dérivés des ressources forestières et fauniques de la région sont susceptibles de créer des emplois et de maximiser les retombées économiques générées par la fabrication de papier et de bois d'oeuvre.

La clé, dans le contexte actuel, c'est de faire en sorte de trouver un équilibre, d'établir un meilleur maillage et un meilleur partenariat d'affaires entre les activités traditionnelles de l'industrie forestière axées sur le «2X4» et le papier et ces nouvelles réalités.

À elle seule, la possibilité que des composés ou que des molécules tirés de la forêt boréale puissent servir à la lutte à grande échelle contre le cancer ouvre la porte à des perspectives intéressantes, cette maladie étant malheureusement le fléau qu'elle est...

Ces utilisations dérivées de la forêt représentent une carte de visite intéressante pour présenter l'industrie sous un jour différent. Comme autant de preuves que l'industrie est en mesure de maximiser jusque dans ses plus infimes parties les ressources qu'elle prélève en forêt.

De quoi alimenter les réflexions et les stratégies du ministre des Forêts, Laurent Lessard, lequel a entrepris une judicieuse tournée qui doit le conduire aux États-Unis et en Europe où il doit rencontrer des clients et des partenaires importants de l'industrie forestière québécoise, notamment afin de les éclairer sur les pratiques modernisées qui sont employées en forêt.

L'occasion est belle en effet, de démontrer que si les pratiques ont beaucoup évolué, les produits aussi, changent beaucoup.

Élément de précision en terminant. Dans une lettre ouverte publiée mardi en nos pages, Greenpeace a rappelé que les modifications à la norme forestière FSC prévues pour 2016 ne dépendaient pas uniquement de l'organisme mais avait été entérinées par un ensemble de partenaires dont l'organisme fait partie, incluant des représentants de l'industrie forestière. Effectivement, ce fait ne ressortait pas clairement dans l'éditorial intitulé «Forêt: prévenir une autre crise» publié le 2 octobre dernier écrit par l'auteur de ces lignes.

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