Éviter le piège

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François St-Gelais
Le Quotidien

Après des années de vaches maigres, l'industrie québécoise du bois d'oeuvre peut enfin espérer des jours meilleurs. Tel que l'a rapporté récemment dans Le Quotidien le journaliste Louis Tremblay, et comme l'ont mentionné la semaine dernière les participants à une table ronde organisée en collaboration avec la Caisse de dépôt et placement du Québec, les principaux indicateurs économiques pointent en faveur d'une solide reprise de la demande de matériaux de construction aux États-Unis. Selon les experts, les effets positifs de cette embellie pourraient se faire sentir dès cette année, et s'étendre jusqu'en 2020.

Ce n'est certes pas la première fois que de savantes analyses laissent entrevoir la fin du marasme dans lequel est engluée l'industrie forestière. Cette fois, cependant, tant les indices conjoncturels que socioéconomiques apparaissent, en effet, favorables.

L'industrie forestière de la côte ouest canadienne devrait, à son tour, devoir composer avec des réductions de sa capacité de production. Cela alors que la demande en bois d'oeuvre continue de croître en Asie. La même tendance se profile du côté de l'Europe alors que, là aussi, les principaux pays producteurs de bois d'oeuvre prévoient diminuer leurs exportations. Cela survient alors que la demande en matériaux de construction recommence à croître aux États-Unis, et au moment où la fameuse taxe imposée aux produits du bois canadiens expédiés chez nos voisins du sud est levée. Bref les astres sont finalement vraiment alignés pour une vraie reprise pour nos scieries et pour leur permettre de gagner de nouveaux marchés.

Piège

Pourtant, aussi positif soit cette probable relance, elle constitue néanmoins un piège pour l'industrie forestière. La longue crise qui l'a affectée, et qui, jusqu'à nouvel ordre, n'est du reste pas encore officiellement terminée, a démontré comment l'ensemble de cette filière est fragile. Elle a démontré comment les activités traditionnelles que sont les pâtes et papiers et la production de «2x4» ne peuvent suffire, et ne pourront plus suffire, à assurer sa pérennité et celles de ses milliers d'emplois. Même si la demande pour ces produits de «base» reprend du poil de la bête et même si Québec adopte sa très attendue Charte du bois.

Certes, ces deux activités continueront d'être importantes, vitales même, pour l'industrie. Les matériaux de construction en bois sont écologiques et renouvelables. Ils sont verts et séquestrent du carbone. Et, il subsiste encore des débouchés pour les produits du papier traditionnel.

Mais, même si la demande repart à la hausse pour les «2x4» fabriqués au Saguenay-Lac-Saint-Jean, l'avenir à très long terme de l'industrie forestière passera tout autant par la recherche et le développement, par la mise au point et l'élaboration de matériaux d'ingénierie et de produits à forte valeur ajoutée, par la mise au point de papiers spécialisés en tous genres.

En clair, une éventuelle, et souhaitable, reprise de la demande pour les matériaux de construction ne doit pas inciter les intervenants de l'industrie à revenir dans leurs vieilles ornières. La reprise devrait plutôt servir de base financière pour accélérer les activités de recherche, et non avoir l'effet contraire. Elle n'est pas une invitation au statu quo.

Démarches

L'embellie annoncée devrait aussi inciter le gouvernement du Québec à accélérer ses démarches afin de mettre en place sa Charte du bois et de procéder aux modifications requises au Code du bâtiment pour accroître la place de ces matériaux dérivés dans les grands chantiers commerciaux et institutionnels. Le moment est aussi bien choisi pour aller de l'avant avec la création d'une centre de recherche, dans la région, sur les produits et les spécificités du bois, une promesse formulée par le ministre Stéphane Bédard et son collègue de Roberval Denis Trottier lors de la dernière campagne électorale. De quoi donner un élan à l'élan!

Enfin, la prévisible reprise de l'industrie du sciage aura inévitablement pour effet de démontrer comment la sous-industrie des copeaux de bois est aux prises avec de graves problèmes structurels. À elle seule, la question de l'utilisation de ces résidus des opérations de sciage démontre avec éloquence l'importance pour la filière forestière de faire de la recherche et développement afin de trouver de nouveaux usages et de nouveaux débouchés pour assurer sa pérennité.

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