Une autre gifle!

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François St-Gelais
Le Quotidien

Décidément, les exclusivités, les réussites et les succès propres aux régions irritent et suscitent l'envie dans les grands centres, qui tentent, sans gêne aucune, de se les approprier une à une! Alors que l'on croyait la position privilégiée du programme d'Art et technologie des médias du Cégep de Jonquière assurée après «l'affaire Maka Kotto», voilà que l'on apprend, par la bande, que l'exclusivité officielle du programme avait, de toute façon, été effacée par une décision, prise en catimini l'an dernier, par le précédent gouvernement du Québec, juste avant le déclenchement des élections. Une partie importante de la formation ultra-spécialisée dispensée par le Cégep de Jonquière, qui a fait la renommée de l'institution, sera désormais aussi offerte dans un collège privé de Montréal. Ainsi, l'Institut André-Grasset offrira de «vrais» cours du «vrai» DEC en Techniques de production et postproduction télévisuelle. Avec le code de programme officiel qui vient avec. Encore une autre gifle, une nouvelle insulte, pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean!

CompétitionIl ne faut pas blâmer la direction d'André-Grasset pour cette situation. Il est normal qu'une maison d'enseignement cherche à accroître son offre de programme, à ajouter des cordes à son arc, à se diversifier pour être plus attrayant, surtout que l'Institut offre déjà certains cours privés liés au domaine des médias électroniques. C'est plutôt la décision de Québec d'accéder à la requête, sans tambour ni trompette, et sans daigner consulter la direction du collège jonquiérois, qui heurte. À se demander, même, si le ministre responsable de la région de l'époque, Serge Simard, était au courant de ce qui se tramait...

Les responsables de l'établissement montréalais soutiennent que la formation qui y sera dispensée sera complémentaire à celle d'ATM, moyennant des frais variant entre 16 et 18 000 $, et sera contingentée à 25 inscriptions annuellement, inscriptions réservées à des gens ayant déjà une formation technique. Il ne faut pas pour autant sous-estimer l'importance de cette brèche. Car, il s'agit d'autant de finissants de plus à chaque année qui seront en compétition directe avec ceux de Jonquière pour l'obtention d'un stage ou d'un emploi, et, au bout du compte, d'autant de demandes d'inscriptions de moins pour le cégep de la rue Panet. Sans compter qu'avant longtemps, compte tenu des investissements majeurs requis en personnel et en équipement de pointe, et des impératifs de complémentarité de formation, il est à prévoir que la direction de l'Institut André-Grasset finisse par demander l'autorisation d'offrir d'autres branches du programme d'ATM. Et alors, quelle marge de manoeuvre aurait le gouvernement du Québec?

TendanceCe qui ajoute l'insulte à l'injure dans ce dossier, c'est qu'il s'inscrit dans une tendance lourde d'attaques répétées envers les régions et leurs joyaux. Le programme d'ATM, tout comme ceux de Technique de pilotage du Cégep de Chicoutimi ou de Technique du milieu naturel du Cégep de Saint-Félicien, par exemple, ont été bâtis dans la région, par des gens de la région, pour répondre à des besoins et remplir des créneaux précis. Parce qu'ils sont aujourd'hui réputés et qu'ils font l'envie d'autres collèges, il faudrait en céder l'exclusivité aux grandes centres? Et que dire des assauts contre la grappe régionale de l'aluminium et la Société de la Vallée de l'aluminium, dont les avantages sont aujourd'hui convoités par tous? Et que dire des menaces qui planent périodiquement sur le Zoo sauvage de Saint-Félicien, qui a su se forger un créneau unique et novateur, mais dont les succès dérangent, notamment à Québec?

Il ne s'agit pas ici de faire montre d'un stérile chauvinisme mais plutôt de défendre une vision cohérente du développement économique régional et de l'occupation du territoire. Des initiatives qui portent fruit à un endroit ne devraient pas devenir des cibles dans la mire des grands centres, ni des autres régions ressources. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, nul ne conteste la place prépondérante, ni les avantages fiscaux ou autres qui les accompagnent, de l'industrie aéronautique ou multimédias à Montréal, de la filière éolienne en Gaspésie, des spécialités en photonique et en pharmaceutique à Québec ou de la grappe minière en Abitibi. C'est plutôt un objet de fierté collective! Une fierté qui apparaît à sens unique... Ce qui explique pourquoi la perte d'exclusivité du programme ATM suscite autant de déception et de craintes aujourd'hui, dans une région qui multiplie les efforts pour se renouveler et se développer.

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