De rares espoirs

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Denis Bouchard
Le Quotidien

Le premier budget du ministre des Finances Nicolas Marceau, présenté hier, n'aura certes pas l'effet de levier auquel le Parti québécois avait habitué les régions ressources. Les mesures des Bernard Landry et Jacques Parizeau, qui ont contribué à donner une erre d'aller à l'économie du Saguenay-Lac-Saint-Jean ne trouvent pas leur égal dans le budget du nouveau gouvernement. Certes, l'état des finances publiques servira à justifier les choix qui ont été faits.

Pas de coup d'éclat, ni de turbopropulseur, mais une certaine signature du Parti québécois transpire de la lecture du budget. Parmi les rares espoirs qu'il apporte, il faut noter le congé fiscal, sur une période de 10 ans, accordé aux entreprises qui investiront 300 millions $ et plus, l'adoption d'une charte du bois, le fonds de 500 millions $ réservé aux régions ressources par la nouvelle Banque de développement, un budget pour la sylviculture et la bonification des crédits d'impôt pour la modernisation des entreprises.

Pour le reste, Jeannois et Saguenéens goûtent aux mêmes mesures d'austérité que l'ensemble des Québécois, des sacrifices qui devraient mener à l'atteinte de l'équilibre budgétaire et à la préservation de la cote de crédit émise par les grandes agences nord-américaines. Passent dans ses compressions les budgets des commissions scolaires, déjà aux prises avec des choix douloureux par rapport à leur mission d'éducation et de services à des clientèles particulières. La santé, le logement social, les garderies et la culture échappent aux ciseaux du nouveau ministre. L'alcool et le tabac seront taxés davantage, les frais de scolarité gelés (faut-il s'en surprendre?) et l'électricité indexée.

Comme c'est l'habitude dans ces budgets, c'est dans les détails que l'essence se révèle ou encore que le diable apparaît. Entre autres choses, le congé fiscal aux investisseurs de 300 M$ pourrait séduire, notamment Rio Tinto Alcan pour la phase II à Alma et la poursuite du projet AP60 à Jonquière, IAMGOLD à Saint-Honoré, Ressources d'Arianne au Lac-à-Paul, et la Société minière du Nord projetant investir dans le niobium à Girardville. Il reste à voir s'ils se qualifient dans les critères que Québec élaborera au cours des prochains jours. Si jamais le gouvernement exige que de la transformation se fasse, il faudra disqualifier certains de ces projets.

S'il y a une promesse respectée, c'est bien celle de la charte du bois. Il est fort à parier que l'adjoint parlementaire à la Forêt, Denis Trottier, député de Roberval, a sculpté le projet, ayant fait du sujet un leitmotiv pendant la campagne électorale. Il ne faut pas sous-estimer l'initiative parce qu'elle consacre enfin un statut au bois. Le projet s'attaque à une culture centenaire de fabrication de 2x4 et la route sera sans doute longue et remplie d'embûches. Cette charte envoie non seulement un nouveau message aux professionnels, mais supporte, en plus, les efforts des institutions, telle l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), engagées dans la formation de spécialistes capables de trouver de nouveaux usages au bois.

Avant qu'une charte du bois produise des effets concrets, des régions comme la nôtre subiront encore longtemps les difficultés que traverse l'industrie. Toutefois, l'annonce d'une somme de 200 millions $ pour la sylviculture aura de quoi rassurer les travailleurs du parterre forestier. À court terme, ces interventions demeurent essentielles pour la santé de la forêt. Toujours au chapitre des initiatives destinées aux régions se trouve la création d'un Conseil de développement économique, un projet de consultation élargie faisant place au milieu des affaires. La Conférence régionale des élus (CRÉ) sera au coeur de la démarche, elle qui pouvait rappeler au gouvernement les créneaux d'excellence et les priorités de la région.

Plus que des mesures timides, ce premier budget d'un gouvernement qui avait annoncé gros avant l'élection exprime une forme de sensibilité à l'égard de l'économie. Le contribuable moyen aurait certainement souhaité que son fardeau fiscal s'allège, mais il pourra toujours se consoler en pensant que les plus fortunés seront davantage mis à contribution, au même titre que les institutions financières.

Quant au fonds de 500 M$ destiné aux régions ressources, ce n'est pas la mer à boire pour des régions assoiffées, particulièrement là où l'exploitation de la forêt pèse lourd dans l'économie. Le manque de diversification des économies régionales et l'oeil envieux des grands centres sur certaines initiatives régionales représentent de sérieux freins au développement.

Le ministre des Finances était passé chez Aldo pour une nouvelle paire de chaussures, la veille du budget, comme le veut la tradition, c'est plutôt chez le cordonnier qu'il aurait dû aller à la lumière de son budget!

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