Replacer le débat

Il est courant, au Québec comme dans l'ensemble de l'Amérique du Nord, que des... (Archives Rocket Lavoie)

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François St-Gelais
Le Quotidien

Il est courant, au Québec comme dans l'ensemble de l'Amérique du Nord, que des arénas ou des salles de spectacles portent le nom d'un commanditaire majeur, une manière pour les gestionnaires de ces infrastructures de boucler plus facilement leur budget et de diminuer les besoins en financement public.

En dresser une liste d'exemples, uniquement pour le Québec, serait un exercice long et fastidieux. Citons tout de même, pour placer les choses en perspective, Shawinigan, qui a donné le nom de Centre Bionest à leur nouvel aréna en lieu et place du mythique Jacques-Plante, Rimouski, qui s'est donnée une «Salle Desjardins-Telus», et Rivière-du-Loup, qui a son aréna «Premier Tech». À Montréal, même le sacro-saint domicile des Canadiens a changé de nom plusieurs fois. Ainsi, le vénérable «Forum de Montréal», qui a vu jouer les fameux immortels qui tendent le flambeau aux joueurs d'aujourd'hui, du «Rocket» au «Démon blond», n'est plus qu'un lointain souvenir pour toute une nouvelle génération de partisans. Pourtant, on aurait pu conserver l'ancienne appellation.

Que Saguenay ait profité de la reconstruction de l'Auditorium Dufour pour trouver un nouveau nom à la nouvelle salle de spectacles n'est donc pas surprenant. Ce n'est pas comme si la ville créait un précédent.

Au contraire, sur le fond des choses, les contribuables saguenéens devraient être satisfaits que Diffusion Saguenay et l'administration municipale de la capitale régionale aient trouvé un partenaire financier majeur, reconnu et crédible, comme la Banque Nationale pour financer ce projet culturel d'importance. Leur part de la facture à assumer s'en trouve du coup notablement réduite, d'autant plus que le budget du projet, en raison de l'inflation et d'améliorations techniques, a été revu à la hausse en cours de route.

Pourtant, la confirmation du partenariat, effectuée en point de presse vendredi dernier par le maire de Saguenay, Jean Tremblay, le président de Diffusion Saguenay, Me Pierre Mazurette, et la vice-présidente de la Banque Nationale pour le centre et l'est du Québec, Diane Déry, a soulevé un tollé, preuve que les vieilles plaies entourant le dossier de l'ex-Auditorium Dufour et la construction d'une nouvelle salle n'étaient pas toutes guéries.

Peu d'information

Il est vrai que relativement peu d'information ont filtré concernant le processus de recherche de partenaires financiers. Les seules données à ce propos ont été dévoilées par le Progrès-Dimanche, en décembre 2011. Depuis, silence radio. Or, en matière de patrimoine et d'histoire, les faits démontrent que déplacer des monuments ou changer des noms ou des appellations créent toujours des remous. Sans doute, les autorités saguenéennes auraient dû vendre davantage le projet. Préparer le public au changement, en faire ressortir les aspects positifs et surtout, préparer un plan de repli pour s'assurer que le nom de Joseph-Wilbrod Dufour, un pionnier des arts et de la culture dans la région, reste vivant. On aurait pu annoncer, par exemple, en même temps que le nouveau nom Théâtre Banque Nationale (TNB), que le hall d'entrée de la salle porterait le nom de Mgr Dufour; qu'une plaque de bronze ou une statue à son effigie serait érigée en sa mémoire. Le choc aurait été moins brutal.

L'autre irritant majeur du dossier, c'est le refus, attribuable à la haute direction de l'institution financière elle-même, de dévoiler la teneur des sommes en jeu. Ailleurs, notamment à Rimouski, la hauteur des partenariats avec Desjardins et Telus, soit 150 000$ chacun pendant 20 ans, a été dévoilée. Il est vraisemblable, ici à Saguenay, ville plus importante, que la commandite atteigne donc plusieurs centaines de milliers de$. Mais, on ne sait pas. Et le doute alimente les rumeurs les plus folles, surtout dans le contexte sociopolitique actuel. Il est à parier que si les montants versés par la Banque Nationale avaient été précisés vendredi dernier, la controverse concernant le changement de nom aurait été beaucoup moins importante.

En définitive, lorsque l'on fait la balance des inconvénients et des avantages de la décision, Saguenay et ses contribuables sortent gagnants financièrement du changement de nom de l'Auditorium Dufour. Ce qui manque, pour convaincre définitivement, c'est de savoir avec précision l'ampleur des sommes déboursées par la Banque Nationale. Autrement, il faudra attendre les premiers états financiers de la nouvelle salle pour le savoir. Une proposition pour que le nom de Joseph-Wilbrod Dufour ne sombre pas dans l'oubli serait sans doute aussi la bienvenue afin de replacer le débat.

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