C'est le constat qui se dégage du sondage en trois volets réalisé cette semaine par la firme Segma Recherche pour le compte du Quotidien et des stations NRJ et RougeFM, ainsi que du coup de sonde effectué par la maison CROP pour le journal La Presse.
Sur la scène québécoise, en effet, le PQ apparaît désormais en bonne position pour former le prochain gouvernement et même obtenir une majorité. La formation Pauline Marois domine dans les intentions de vote chez les francophones. Elle surclasse la Coalition avenir Québec dans les régions, sauf à Québec, où les troupes de Jean Charest et de François Legault se livrent une lutte serrée. Ailleurs, à l'exception de l'île de Montréal, le PLQ subit un fort recul.
Brassage
Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, région réputée pour sa solide base nationaliste, ce brassage politique se traduit par une nette domination des cinq candidats péquiste, une baisse significative des appuis libéraux et un embryon de percée de la CAQ. Le ministre régional sortant, Serge Simard, élu en 2008 par seulement 424 voix de majorité, se retrouve donc dans une position très précaire. Dans Roberval, le candidat Georges Simard, maire de Dolbeau-Mistassini et autre candidat «vedette» du PLQ dans le «Royaume», se retrouve bien loin du député sortant Denis Trottier.
L'analyse du sondage Segma permet de constater que, dans la région, c'est donc chez les libéraux que la CAQ gruge le plus d'intentions de vote. Le coup de sonde démontre également que ce sont cependant les appuis à la Coalition qui s'avèrent les moins fermes. La prochaine semaine de campagne, avec sa série de débats des chefs, sera donc cruciale, tant sur l'échiquier régional que sur la scène québécoise. On saura mieux après ceux-ci si les appuis à la CAQ se cristallisent, ou sinon vers quel autre parti ils se replieront.
Vieux routier, Jean Charest est un politicien redoutable rompu à ce genre d'exercice. En arrière dans les sondages, il se battra avec la force et toute la vigueur d'une bête blessée. Cela pourrait faire mal à Pauline Marois, qui peine à demeurer plus populaire que son parti et qui sera la cible de toutes les attaques puisque sa formation est en tête. Et à François Legault, néophyte en matière de débats sous haute pression, qui propose beaucoup mais doit aussi beaucoup convaincre au sujet des orientations de sa formation. Ces deux chefs auront donc beaucoup perdre s'ils ne parviennent pas à s'imposer dans les prochains débats. Mais ils pourraient aussi y gagner beaucoup, car les électeurs, visiblement délaissent la solution «PLQ».
Dans Dubuc et dans Roberval, le sort des deux candidats libéraux est lié aux fluctuations de la campagne nationale de Jean Charest. La principale carte que peuvent jouer Georges et Serge Simard pour séduire les électeurs est celle du pouvoir. Si les intentions de vote du PLQ continuent à chuter à travers le Québec, il sera difficile pour ces candidats de se positionner comme des ministres potentiels ou des députés ayant un accès direct au pouvoir. Encore plus d'incarner une forme de renouveau.
Souveraineté
Le sondage Segma révèle également que les appuis à la souveraineté du Québec sont en baisse au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Seuls les électeurs du comté de Lac-Saint-Jean, fief du péquiste Alexandre Cloutier, auraient, une fois répartition des indécis, voté en faveur de l'indépendance du Québec dans le cadre d'un référendum.
Cette donnée est fondamentale. Elle traduit le fait que le PQ est d'abord populaire, au «Royaume», pour sa plateforme électorale régionale et non en raison de son option indépendantiste. Le Parti québécois incarne donc, pour les électeurs Saguenéens et Jeannois, ce fameux «changement» politique qui était la marque de commerce de la CAQ en début de campagne, une bonne position de repli.
Il apparaît d'abord comme un bon gouvernement potentiel, un gouvernement de confiance. Reste à savoir si les débats des chefs auront un impact sur le portrait actuel, si une vague caquiste, à l'image de la vague orange, est possible. François Legault, comme Jack Layton à l'époque, est plus populaire que son parti. Mais il est également moins charismatique. Pour Pauline Marois, le défi consiste maintenant à rester en tête, alors que la «vraie» campagne électorale s'amorce. Jean Charest, lui, aura besoin de trouver tout un lapin dans son chapeau pour renverser la tendance.