Ce grand chambardement vient de la nécessité de mieux refléter le Canada, plaide Élections Canada. Les populations de l'Ontario et de l'Ouest croissent plus rapidement que le Québec et pour faire respecter le principe du «quotient électoral», la constitution du Canada requiert un nouvel examen des limites des circonscriptions après chaque recensement. Théoriquement, le principe s'énonce et se défend bien, mais dans la pratique, il créera des incongruités.
Épée de Damoclès
Ce sera la seconde fois des années 2000 que la région subira les impacts d'une réforme électorale fédérale. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean se déclinait, jadis, en quatre circonscriptions: Chicoutimi/Le Fjord, Jonquière, Lac-Saint-Jean/Saguenay et Roberval. De quatre à trois, il passera à deux circonscriptions entières et à une autre hybride. Vu de loin (Ottawa), on invoquera, certes, la baisse démographique pour justifier ce nouveau «charcutage», sans se soucier des réalités.
Il faut aussi garder en tête que les partis politiques au Québec entretiennent l'idée de revoir à la fois le mode de scrutin et la représentativité électorale, deux terrains qui feraient glisser la région. Seul un comportement électoraliste, autant chez les libéraux que chez les péquistes, a fait en sorte que le discours a été mis sur la glace. Ce n'est que partie remise, soyons-en assurés!
Tant au fédéral qu'au provincial, il sera intéressant d'entendre les élus de la région sur cette question, particulièrement le ministre Denis Lebel, bien placé pour saisir les enjeux économiques et politiques d'une telle réforme. La campagne électorale qui s'annonce au Québec offrira une occasion aux candidats de prendre une position claire, à moins qu'ils se raccrochent au programme de leur parti! Fort probable que l'électeur se demande, à nouveau, si les élus représentent la région au sein de leur parti où s'ils défendent leur parti dans leur circonscription!
Dans la présentation des objectifs recherchés et des critères de réflexion, les commissions dites «indépendantes», chargées de l'examen, énumèrent trois facteurs: la population, la communauté d'intérêts et l'étendue du territoire. Le premier est difficile à attaquer, principalement pour les électeurs de la Colombie-Britannique et de l'Ontario, qui verront leur nombre de circonscriptions hausser respectivement de six et 15. Le Québec en gagnera trois seulement. Le Canada passera de 308 à 338 «comtés». Pour le second, il faudra repasser pour les justifications. Charlevoix, comme l'a commenté le maire de Saguenay, Jean Tremblay, est une région magnifique, mais ne partage pas forcément des affinités avec les Chicoutimiens sinon le fjord. Les maladies génétiques aussi! La distance entre les deux pôles se dresse également comme un «empêchement». Imaginez! Le nouveau député de 2015 aura à la fois un bureau à Saguenay et un autre, dans Charlevoix. Le temps qu'il passera sur la route alourdira passablement son horaire.
Désastre
Le quotient électoral, établi à 111 166 par le fédéral, primera-t-il aussi pour l'Île-du-Prince-Edouard, dont la population actuelle est de 140 000 habitants? Cette province compte pourtant quatre circonscriptions électorales. Elle aussi fait face à la pression des provinces en croissance démographique. Cette logique risque d'être désastreuse pour des régions aux prises avec des problèmes, tels une baisse démographique et un affaiblissement des investissements publics et privés. Cela justifiera, à échéance, une baisse d'investissements d'Ottawa dans des programmes cruciaux pour la pérennité des régions.
Au Québec, c'est le juge Jules Allard qui préside la commission d'examen. Une lourde tâche lui incombe. Habitué des règles de justice, il fera désormais face à des vindictes motivées par l'appartenance au territoire, la communauté d'intérêts et de velléités politiques. Il reste à lui souhaiter beaucoup de sagesse et de la sensibilité à l'égard des régions.