Eau: danger!

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À la moitié de juillet, déjà six enfants... (photo Rocket Lavoie)

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À la moitié de juillet, déjà six enfants se sont noyés dans des piscines familiales.

photo Rocket Lavoie

 

Myriam Ségal
Le Quotidien

C'était il y a quelques années: un party de famille ensoleillé autour d'une piscine hors terre cerclée d'un patio. Mon plus jeune avait 4 ans. On arrive: déjà une dizaine de personnes jasaient autour de la piscine; on se salue, on s'embrasse. Dans le brouhaha, soudain, je cherche le petit... et j'aperçois sa silhouette inerte au fond de l'eau. On plonge, on le sort, il crache, expulse l'eau de ses poumons, et nous décoche un regard noir: «Ça vous a pris du temps!». Soulagement collectif. Il a glissé entre les pattes de tous ces adultes, s'est faufilé dans l'eau et a calé sans qu'on le voie.

J'ai habité longtemps à la campagne. Un ruisseau d'à peine deux pieds de profondeur sinuait dans une coulée, près de la maison. Un automne frisquet, nous travaillions aux abords du ruisselet. Mon fils de 3 ans s'amusait autour, vêtu déjà de son habit de neige. On entend «plouf!», et on l'aperçoit face première dans le ruisseau, les bras en croix, ses petites bottes dépassant de l'eau. On l'agrippe, le redresse: il tousse et crache un peu d'eau. Son habit est déjà lourd, tout imbibé. Il lance: «Bébé mouillé!» On rit, on rentre, on le réchauffe. Il eut suffi que nous fussions 50 pieds plus loin, que nous n'entendions pas le «plouf!», et c'était le drame!

Pas hostile

Lui non plus ne s'est pas démené, n'a pas crié. Selon un sauveteur d'expérience, beaucoup de bambins ne se débattent pas quand ils tombent dans l'eau, qu'ils ne perçoivent pas comme un milieu hostile. Des émules de Freud pensent que le souvenir réconfortant du liquide amniotique les rassure faussement. Qu'importe les motifs; l'eau fascine les enfants, les piège.

À la moitié de juillet, déjà six enfants se sont noyés dans des piscines familiales. Et on n'a même pas un bel été! Certains souhaitent qu'on poursuive des parents pour négligence criminelle; d'autres réclament une réglementation plus corsée; un coroner propose que tous les jeunes suivent obligatoirement des cours de natation à l'école.

Les poursuites vengeresses ne changeraient rien. Aucun parent ne se dira: «Je vais surveiller mon enfant parce que je risque d'avoir un dossier criminel s'il meurt.» L'immense culpabilité, la perte cruelle, le chagrin, punissent déjà terriblement la distraction. Et puis, quel parent n'a pas une grosse peur en mémoire? Quel parent n'a pas déjà perdu de vue un enfant quelques instants de trop? À la plage, au bord de la piscine, mais aussi au centre commercial, en balade. Combien m'ont conté que le petit s'était faufilé furtivement vers la rue? Les bambins sont rapides, impulsifs, débrouillards et n'ont aucun sens du danger les premières années.

Cours et loi

Quant aux cours de natation, ils n'éviteraient pas les noyades de bambin, la plupart des victimes n'ayant pas l'âge de l'école. Ces cours grugeraient un contenu scolaire déjà maigrichon, sans compter que dans les villages sans piscine municipale, on perdrait des heures à transporter les jeunes au lieu de les instruire.

Bien sûr, il faut clôturer le terrain autour de la piscine, éloigner le filtreur et les chaises du bord, pour éviter que cela serve d'échelle improvisée. Bien sûr, il faut cadenasser l'accès à l'eau, instaurer un obstacle entre la maison et la piscine. Mais dans la vie trépidante des familles, on a oublié une serviette, le téléphone sonne, un enfant réclame du jus ou un sparadrap: on rentre quelques instants... de trop. On voulait une clôture, mais on n'a pas eu le temps avant les beaux jours. On voulait cadenasser, mais on a perdu la clé.

Durcir la réglementation n'a de sens que si on l'exécute. Or inspecteurs municipaux et policiers ne viendront pas dans les cours arrière privées vérifier clôtures et cadenas.

Mieux vaut la vigilance et les conseils de parents et amis plutôt qu'une loi inapplicable. Pourquoi pas une corvée annuelle de voisins bricoleurs qui s'entraident pour sécuriser les piscines du quartier?

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