Sévir et prévenir

 

François St-Gelais
Le Quotidien

La période estivale constitue le moment de l'année où l'on recense, année après année, le plus d'accidents et de décès sur les routes. Il n'est donc pas surprenant que ce soit la période choisie par le gouvernement du Québec pour lancer, traditionnellement, de nouvelles campagnes de sensibilisation. L'été 2012 ne fait pas exception à cette règle. Mardi, le ministre des Transports, Pierre Moreau, a dévoilé le thème retenu cette fois: la fatigue au volant. Selon les statistiques compilées par le ministère, les conducteurs épuisés qui s'endorment ou qui manquent de vigilance et de concentration seraient la troisième cause d'accident au Québec, ce qui se traduit par une moyenne de 116 décès par année et quelque 9000 blessés.

Cette année, la campagne de prévention coïncide avec un durcissement des lois en matière d'alcool au volant et de comportements dangereux. Ce resserrement législatif s'attaque plus particulièrement aux récidivistes.

Modifications

Les modifications apportées par le gouvernement aux sanctions prévues dans le Code de la sécurité routière sont, malheureusement, nécessaires et justifiées. Les campagnes de prévention sont certainement efficaces auprès d'une large part des conducteurs «normaux», prudents et vigilants de nature, surtout depuis qu'elles ont adopté des formules-chocs et des images fortes.

Mais, de telles mesures de sensibilisation ont toutes des limites. Ainsi, elles ne rejoignent pas la clientèle de délinquants endurcis qui sévit sur les routes. Elles n'affectent pas les récidivistes et les multirécidivistes. Elles finissent même par lasser certains jeunes, bombardés par tellement de sources audiovisuelles spectaculaires...

La preuve, une enquête-maison réalisée récemment par le Progrès-Dimanche a démontré que le phénomène des cellulaires et des textos au volant demeure un véritable fléau, en dépit des multiples campagnes de sensibilisation effectuée par Québec au cours des dernières années. Et, malgré les efforts de prévention déployés afin de lutter contre l'alcool, le bilan en cette matière stagne. L'enquête du Progrès-Dimanche a prouvé que même les feux rouges sont brûlés avec une triste régularité à certains endroits à Saguenay, bien que la Sécurité publique ait redoublé de vigilance sur son vaste territoire. Pourtant, respecter un feu rouge, c'est absolument la base de la conduite automobile...

Donc, prévenir, c'est bien et c'est essentiel. Mais sévir, ça reste incontournable et tout aussi essentiel. Pour certains irréductibles, seules des mesures légales sévères et très contraignantes, seules les menaces de sanctions dures, ont un certain effet. Et pour certains irréductibles parmi les irréductibles, même ces menaces n'ont pas de prise.

Bon sens

Si les campagnes de prévention et le resserrement des lois sont nécessaires et doivent aller de pair, il reste que la question de la conduite automobile relève de l'éducation, du bon sens, du bon jugement. À cet égard, le retour des cours de conduite obligatoires est un pas dans la bonne direction. Conduire un véhicule représente un privilège, non un droit, et vient avec des responsabilités énormes. C'est bien un minimum de suivre un cours pour ce faire! L'automobile est tellement répandue et accessible qu'on vient à oublier que ce moyen de transport reste dangereux. Toutes les statistiques démontrent que voyager en voiture est bien plus risqué que prendre l'avion. Mais, on craint de prendre l'avion, pas la voiture! Qui a la phobie de l'automobile?

Depuis les catastrophiques bilans des années 70 et 80, des progrès immenses ont été réalisés au Québec. Moins de gens meurent ou sont blessés sur les routes. Tant mieux! Mais, les gains faciles en cette matière ont été réalisés. Il faut donc resserrer la vis aux récidivistes, mais aussi trouver une manière de modifier le rapport des Québécois à l'automobile, leur culture. La voiture est un moyen de transport, pas un jouet. Et, c'est un moyen de transport qui n'est pas sans risque, qui n'est pas un droit acquis et qui nécessite des compétences particulières.

Le reste est une question de jugement. Le gouvernement ne devrait avoir à légiférer pour interdire le «car surfing», les courses dans les rues et la conduite avec les facultés affaiblies. Il ne devrait pas avoir à expliquer que texter en conduisant, c'est particulièrement dangereux... C'est tellement logique! Chaque vie sauvée vaut la peine de faire, collectivement, l'effort de modifier nos habitudes au volant.

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